L’être humain est-il fait pour travailler ?
C’est quoi le travail ?
Longtemps, nous avons pensé que le terme « travail » venait de « tripalium », qui était un instrument de torture au VIème siècle. Depuis, nous l’associons à une tâche laborieuse, pénible. Or, en réalité, le mot « travail » vient de « trabail », qui était une machine en bois accrochée à l’arrière du cheval dans le but de soutenir l’effort produit par le travailleur », relate Mariette Darrigrand, sémiologue.
Le mot travail pourrait venir aussi de « trabs » (poutre) qui a donné travée et entraver, « tra » voulant aussi dire transformation.
Chez les Grecs la notion de travail n’existait pas. Appelé « Erga » (« un ensemble de gestes »), le rapport au travail était avant tout énergétique. C’était « une propagation de gestes (…) qui s’enchaînaient comme par magie sous l’effet de la puissance des dieux », nous dit Mariette Darrigrand.
Dominique Méda, philosophe et sociologue, (Le Travail, coll. « Que sais-je ? ») explique que la notion de travail est historique et que le terme actuel est le résultat de la sédimentation de trois couches de signification :
- Le travail facteur de production (XVIIIesiècle) ;
- Le travail-essence de l’homme (début XIXe) ;
- Le travail pivot de la distribution des revenus, des droits et des protections caractéristiques de la société salariale (fin XIXe).
Pour Dominique Méda, « quand le travail vient à manquer, les communautés se délitent, les liens se distendent, les hommes et les femmes se retrouvent désœuvrés au sens propre. Le travail est l’activité princeps celle qui définit l’identité individuelle et collective au plus haut point ».
Le travail est une activité consciente et la plupart du temps volontaire, sauf dans le cas de l’esclavage.
L’histoire de cette notion connaît trois étapes :
- Originellement perçu comme un châtiment divin (Adam, expulsé du paradis, est condamné à travailler), l’idée de chatiment continue avec le fait que longtemps on considère que le mot aurait pour origine le latin tripalium, outil qui, d’abord utilisé pour ferrer les chevaux, désigne, par extension, un instrument de torture. Cette connotation négative fait que le travail, source de souffrance, s’oppose au jeu.
- Mais avec la révolution industrielle, le travail a été revalorisé : il permet non seulement la satisfaction des besoins vitaux, l’augmentation de la richesse, et donc l’essor des nations, mais aussi la socialisationet la réalisation de soi, comme le montre Hegel. L’une des causes de cette revalorisation vient du fait que, aidé par le développement de la technique (passage de l’outil, simple prolongement du corps, aux machines), le travail a perdu une grande part de sa pénibilité. )
- Pourtant, comme Marx le met au jour de manière systématique, l’exigence de productivité et de rentabilité propre à la société capitaliste, brise cet élan libérateur : le travail est de plus en plus exploité tandis que la technique, de plus en plus envahissante, aliène l’homme, comme en témoigne aujourd’hui l’usage compulsif du téléphone portable. C’est pourquoi les philosophes, souvent technophobes, privilégient ce que les Grecs appelaient la skole, que l’on traduit par loisir et qui, loin d’être un moment de paresse, constitue un temps propice à la méditation.
Une définition du travail : Activité humaine exigeant un effort soutenu, qui vise à la modification des éléments naturels, à la création et/ou à la production de nouvelles choses, de nouvelles idées. Travail créateur, intellectuel, manuel, qualifié, scientifique, spécialisé, technique; travail des mains, de la pensée, de la réflexion; se mettre au travail; se plonger dans le travail; travail individuel, en commun, en équipe, en groupe; travail à la machine, à la main; travail agricole, industriel. Le travail améliore nos facultés morales ou intellectuelles; le hasard les donne, et souvent le travail les développe (Senancour, Obermann, t. 2, 1840, p. 2)
Le point de vue d’Hannah Arendt
Dans The human condition, publié en 1958, Hannah Arendt établit une hiérarchie entre « le travail civilisant et le travail instrumentalisant et régressif ». En anglais, elle distingue Labor, Work et Action. La traduction française trois ans plus tard est Travail, Oeuvre, Action. En utilisant le mot Work, distinct du Labor, Hannah Arendt ne suggère pas une dimension nécessairement créative ou artistique à ce deuxième niveau, ce que Oeuvre suggère. Ce qui compte, c’est que l’artisan, ou l’artiste, dépasse sa condition naturelle.
Il faut le recours au latin pour dire ce qui distingue l’animal laborans, qui produit pour sa survie de l’Homo faber qui fabrique des objets artificiels, « en particulier des outils à faire des outils », qui ne « travaille pas comme un animal mais comme un ingénieux humain ». Ce qui lui donne une responsabilité particulière : « Seul avec son image du futur produit, l’Homo faber est libre de produire, et de même, confronté seul à l’oeuvre (work) de ses mains, il est libre de détruire ». Enfin, enjeu en phase avec nos débats actuels autour de l’IA, il risque d’être instrumentalisé lui-même par les instruments qu’il crée, « le devenir machinique du monde ne peut que produire l’obsolescence de l’Homme » (Günther Anders).
Pour Perrine Simon-Nahum, directrice de recherche au CNRS, , la définition du travail chez la philosophe est souvent mal comprise : Hannah Arendt a défini le travail, comme une activité liée à la vie biologique. Il ne faut pas se méprendre sur cette définition : elle montre que le travail, c’est l’activité qui nous permet de survivre, à savoir, trivialement, de nous nourrir. Nous métabolisons et nous consommons tout ce qui nous permet de survivre. Mais selon elle, le travail doit être pensé en complément de deux autres notions : l’œuvre et l’action. L’œuvre nous survit, c’est un artisanat. L’action, quant à elle, débouche sur la liberté, et sur la relation à l’autre. Donc en réalité, la notion de travail chez Arendt doit toujours être pensée comme amenant vers une ouverture sur l’autre, sur le monde, et une ouverture sur le politique, qui est la nature de toute société. Sa critique à l’égard de la modernité s’exprime ainsi contre la réduction de l’homme au seul travail.
En savoir plus : https://Franceculture/Le-travail-est-il-toujours-indispensable-pour-la-societe-retour-sur-la-pensee-de-hannah-arendt-mai 2024
La souffrance au travail
45 % des salariés sont en état de détresse psychologique, selon le baromètre Empreinte Humaine/OpinionWay « État de santé psychologique des salarié.e.s français.e.s », publié en mars 2025. L’immense majorité d’entre eux considèrent le travail comme une des premières sources de leur détresse. À quel point pourrait augmenter ce taux si les travailleurs ne pouvaient trouver refuge dans un espace intime chaleureux ? Comme le soulignent Philippe Ariès et Georges Duby dans leur Histoire de la vie privée (1985-1987), avec la modernité, la famille est devenue de plus en plus « un havre contre les agressions d’un monde devenu hostile », pour des travailleurs qui se sentent superflus, inutiles.
Les Économistes atterrés, Faut-il un revenu universel ? p. 13, 2017 soulignent « La double dimension contradictoire du travail, à la fois source d’aliénation et acte social porteur d’émancipation. »
Et si le nouveau rêve c’était d’avoir un job « chiant » ?
D’après deux études (2025) , du New York Post et de Fortune, la tendance serait aux jobs « chiants » : ils apporteraient une sécurité financière et beaucoup plus de bonheur. Finies les nuits blanches, les burnouts et les angoisses pour réussir. La priorité devient la santé mentale et le temps libre, plutôt que la promotion en fin d’année.
Mais c’est quoi un job « chiant » ? En gros, ça englobe tous les travaux qui sont sans pression ni compétitivité et qui permettent un équilibre entre vie pro et vie perso. Et le grand gagnant c’est… la comptabilité, suivie par des métiers manuels comme la plomberie.
On opterait donc pour ce qu’on appelle « le minimalisme professionnel », le travail apporte une stabilité et une sécurité financière qui nous permettent de profiter de nos passions !
Les travailleurs du 21ème siècle subissent une perte de sens dans leur travail (tâches découpées notamment), la concurrence de l’I.A. et une forte pression sur les objectifs.
Les non-travailleurs ne sont pas plus heureux : La retraite peut être vécue comme une mise au rebut, « on nous écoute moins » et les chômeurs se sentent souvent coupables
Des auteurs de référence sur la souffrance au travail : Christophe Dejours, Marie Pezé, Marie-France Hirigoyen.
A quoi nous sert de travailler ?
Kant, toujours aussi sérieux, nous dit : « Il faut que l’homme soit occupé de telle sorte que, tout rempli du but qu’il a devant les yeux, il ne se sente pas lui-même, et le meilleur repos pour lui est celui qui suit le travail. »
Le travail permet un oubli de soi
De nombreux écrivains, philosophes, hommes d’affaires trouvent leur raison de vivre dans leur travail. Mais il s’agit d’un travail choisi, au sens d’une œuvre (cfrs Hannah Arendt).
Le dessin :

L’homme est-il fait pour ?
Dans notre question, il y a cette notion de « fait pour »
Pour quoi l’humain est-il fait ?
Blaise Pascal nous dirait que « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. » Pensées, 139 « Divertissement », 1669.
Albert Camus nous parle de l’absurde et de la beauté de la vie : « L’absurde naît lorsque l’être humain cherche un sens dans un univers indifférent. Mais de cette absurde naissent trois forces : la rébellion, la liberté et la passion. Accepter que la vie n’a pas de sens inhérent n’est pas une résignation, c’est un appel à vivre pleinement, à créer un sens dans chaque acte, car même dans le silence du monde, l’existence mérite d’être embrassée. »
Il nous a dit aussi : « Il faut imaginer Sisyphe heureux »
Eléments de conclusion :
L’humain a besoin d’action. Nous sommes faits pour agir.
Le travail est associé à la production de produits pour nos besoins (alimentation, vêtements, etc…). La notion est associée à une certaine souffrance, à des obligations.
Pourtant, il y a ambivalence : il peut y avoir de plaisir, voire du bonheur à travailler.
Quelles différences entre travail et activités ? Un artiste fait une œuvre. Est-ce un travail ? Hannah Arendt distinguait trois notions (travail, œuvre et action).
D’un côté travail – obligation
De l’autre, travail-activité – création -liberté- Oeuvre
Fabrice Midal dans son livre « Risquer la liberté » rapporte une lettre du poète Rainer Maria Rilke au sculpteur Rodin : « Ce n’est pas seulement pour faire une étude que je suis venu vers vous, c’était pour vous demander : comment faut-il vivre ? Et vous m’avez répondu : en travaillant. Et je le comprends bien. Je sens que travailler, c’est vivre sans mourir. »
Les citations :
Le travail est encore la façon la plus amusante de passer sa vie. Charles Baudelaire
Il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir. Albert Camus “Le Mythe de Sisyphe”, 1942
Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin. Voltaire (Candide).
Le capital est du travail mort, qui, semblable au vampire, ne s’anime qu’en suçant le travail vivant, et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage. Karl Marx – “Le Capital” (1867)
C’est par le travail que la femme a en grande partie franchi la distance qui la séparait du mâle ; c’est le travail qui peut seul lui garantir une liberté concrète. Simone de Beauvoir
Choisissez un travail que vous aimez, et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. Confucius
Le travail : une malédiction que l’homme a transformée en volupté. Emil Michel Cioran
Bibliographie :
L’atelier du tripalium : non, travail ne vient pas de torture ! – Mariette Darrigand – 2024
Le « Travail » est une question centrale dans notre société et l’un de ses principaux thèmes médiatiques. En pleine mutation, il nous ramène également à nos besoins anthropologiques premiers. Savoir aimer et travailler résumait selon Freud, la réussite de toute vie. Hannah Arendt ajoutant que tout homme désire construire une oeuvre (opera en latin), autrement dit être « ouvrier » de sa vie. Avec cette vaste question, les choses ne sont jamais sereines.
Comme les influenceurs les plus en vue, le Travail est adulé ou détesté. Coupable de tous les maux et de toutes les « pénibilités » , il est également celui que l’on pleure lorsqu’on est au chômage. Les travailleurs actuels désirent partir dès que possible à la retraite, mais dès qu’ils y sont, ils entament mille activités. L’oisiveté à l’antique, le droit bohème à la paresse sont remplacés par le workaholisme.
Bullshits Jobs – Gavid Graeber
Souvent traduits par « Jobs à la con »
Alors que le progrès technologique a toujours été vu comme l’horizon d’une libération du travail, notre société moderne repose en grande partie sur l’aliénation de la majorité des employés de bureau. Beaucoup sont amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles, sans réel intérêt et vides de sens, tout en ayant pleinement conscience de la superficialité de leur contribution à la société.
Graeber en appelle finalement à une révolte du salarié moderne ainsi qu’à une vaste réorganisation des valeurs qui placerait le travail créatif et aidant au cœur de notre culture et ferait de la technologie un outil de libération plutôt que d’asservissement, assouvissant enfin notre soif de sens et d’épanouissement.
« Où et quand en est-on venu à considérer que le travail inutile était préférable à l’absence de travail ? »
« Le secteur de la finance, paradigme de la création des jobs à la con : Les postes de larbin apparaissent au sein d’une organisation parce que, pour les détenteurs du pouvoir, les subalternes sont des insignes de grandeur. L’embauche du porte-flingue répond à une dynamique de surenchère (si vos rivaux engagent les services d’un cabinet d’avocats prestigieux, vous devez faire de même). Le besoin de rafistoleurs se fait sentir parce qu’on trouve parfois plus compliqué de régler un problème que de gérer ses conséquences. Les cocheurs de case, dans les grosses structures, permettent la production d’une paperasse attestant que certaines mesures ont été prises, une certification souvent vue comme plus important que les mesures elles-mêmes. Quant aux postes de petits chefs, ils sont le corollaire de diverses formes d’autorité impersonnelle. »
Conditions de l’homme moderne – Hannah Arendt – 1958
Comment l’humanité, qui était au sommet du progrès technique, a-t-elle pu se laisser happer par la barbarie totalitaire et finir par y sombrer ? Telle est la question de « Condition de l’homme moderne ». Cette faillite est la conséquence de l’oubli par l’homme moderne d’un monde de valeurs partagées et discutées en commun avec autrui, dès lors qu’il n’a plus envisagé les choses qu’au travers du prisme de leur utilité pour son bonheur privé. Indifférent aux autres, l’homme moderne ne forme plus avec eux qu’une foule d’individus sans lien véritable et sans défense contre la voracité des dictateurs et des leaders providentiels. Seule une « revalorisation de l’action », nous dit Arendt, cette intervention consciente avec et en direction d’autrui, permettra à l’homme moderne d’échapper aux dangers qui pèsent toujours sur sa condition.
L’esprit malin du capitalisme -Pierre-Yves Gomez – 2019
Présentation du livre en 2 minutes : https://www.youtube.com/watch?v=DWJH_leT-00&ab_channel=Pierre-YvesGomez
Quand la finance devient la financiarisation. Tout le système se met à courir. Se met en place un capitalisme conduit par la spéculation.
Présentation du livre en 5 minutes : https://vimeo.com/370842629?embedded=true&source=vimeo_logo&owner=73931599
Depuis 1970, on est entré dans le capitalisme spéculatif (qui a remplacé le capitalisme accumulatif). On anticipe les valeurs futures. Croyance dans des promesses futures de gain.
« Des individus réels ont œuvré, chacun à sa place et cela a produit notre économie contemporaine, financiarisée et spéculative. »
Travailler – La grande affaire de l’humanité – 2021- James Suzman
Quand l’anthropologue britannique James Suzman s’intéresse au travail, il embrasse toute l’humanité, cette espèce « têtue » qui « trouve satisfaction à donner un travail à faire à ses mains oisives et son esprit agité ». En ce sens, travailler, c’est « dépenser intentionnellement de l’énergie sur une tâche afin de parvenir à un but », lequel n’est pas qu’utilitaire.
Suzman pose quatre jalons décisifs dans l’histoire, qui ont à voir avec ce qu’on appellerait aujourd’hui notre empreinte énergétique. Il s’agit de la découverte de nouvelles sources d’énergie ou de nouveaux modes de dépense et de distribution des ressources énergétiques :
- Le feu il y a sans doute un million d’années,
- L’agriculture il y a quatorze mille ans,
- La concentration dans les villes depuis environ huit mille ans et
- Les combustibles fossiles qui accompagnent les révolutions industrielles européennes à partir du XVIIIe siècle.
James Suzman s’inquiète de l’effondrement de la triade qui structurait jusqu’alors notre sens du travail, en farouches héritiers des premiers agriculteurs : travail = effort = récompense. Les spectaculaires inégalités entre les revenus du capital et ceux du labeur achèvent de la faire voler en éclats. Voilà pourquoi nous travaillons de plus en plus, avec de moins en moins de satisfaction. Jusqu’où ? Peut-être le changement climatique, une révolution sociale contre les inégalités ou bien… une pandémie virale nous obligeront-elles à redonner au travail sa juste place ?
L’art de l’oisiveté – Hermann Hesse
L’art de l’oisiveté –
« Si je n’étais pas au fond un homme extrêmement laborieux, comment aurais-je eu l’idée d’inventer des éloges et des théories sur l’oisiveté ? Les oisifs-nés, ceux qui ont le génie de l’inaction, ne font jamais ce genre de chose. »
« Je suis ici-bas pour m’étonner de ce que je vois », dit un vers de Goethe. Au commencement, il y a l’étonnement ; à la fin, il y a aussi l’étonnement, et pourtant, le chemin parcouru n’est pas vain. (…) Cette faculté d’émerveillement me rapproche de lui, des poètes et des sages, mais aussi de toutes ces choses que je contemple ébahi et que je sens vivantes : le papillon, le scarabée, le nuage, le fleuve et la montagne. »
Notre forme d’existence actuelle résulte principalement de la valorisation excessive de chaque minute écoulée et de la domination de la vitesse, choses qui, sans aucun doute, détruisent de manière radicale toute joie de vivre. Il est triste de constater que le rythme effréné influe sur nous de manière néfaste et préjudiciable dès l’enfance. On peut regretter simplement que nos plus petites distractions soient depuis quelques temps elles aussi affectées par l’impatience moderne. Notre façon de jouir des choses est à peine moins fébrile et exténuante que la pratique de notre profession. Nous obéissons à la devise qui commande de faire le maximum en un minimum de temps. Ainsi la gaîté diminue-t-elle malgré la multiplication des divertissements.
Eloge de l’oisiveté – Bertrand RUSSEL
« Les méthodes de production modernes nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l’aisance et la sécurité. Nous avons choisi, à la place, le surmenage pour les uns et la misère pour les autres : en cela, nous nous sommes montrés bien bêtes, mais il n’y a pas de raison pour persévérer dans notre bêtise indéfiniment. »
« j’ai été élevé selon le principe que l’oisiveté est mère de tous vices. Comme j’étais un enfant pétris de vertu, je croyais tout ce qu’on me disait, et je me suis ainsi doté d’une conscience qui m’a contraint à peiner au travail toute ma vie. Cependant, si mes actions ont toujours été soumises à ma conscience, mes idées, en revanche, ont subi une révolution. En effet, j’en suis venu à penser que l’on travaille beaucoup trop de par le monde, que de voir dans le travail une vertu cause un tort immense, et qu’il importe à présent de faire valoir dans les pays industrialisés un point de vue qui diffère radicalement des préceptes traditionnels. «
“D’abord qu’est-ce que le travail ? il existe deux sortes de travail : le premier consiste à déplacer une certaine quantité de matière se trouvant à la surface de la terre ou dans le sol même ; le second à dire à quelqu’un d’autre de le faire. Le premier type de travail est désagréable et mal payé, le second est agréable et très bien payé.”
« Il faut faire en sorte que les pauvres soient contents de leur sort, ce qui a conduit les riches, durant des millénaires, à prêcher la dignité du travail, tout en prenant bien soin d’eux-mêmes de manquer à ce noble idéal. »
« Chaque être humain consomme nécessairement au cours de son existence une certaine part de ce qui est produit par le travail humain. Si l’on suppose, comme il est légitime, que le travail est dans l’ensemble désagréable, il est injuste qu’un individu consomme davantage qu’il ne produit. »
« Dans un monde où personne n’est contraint de travailler plus de quatre heures par jour…le bonheur et la joie de vivre prendront la place de la fatigue nerveuse, de la lassitude et de la dyspepsie. »
« Pour parler sérieusement, ce que je veux dire, c’est que le fait de croire que le TRAVAIL est une vertu est la cause de grands maux dans le monde moderne, et que la voie du bonheur et de la prospérité passe par une diminution méthodique du travail ».
Nous animons des Café Philo une fois par mois à Neuilly-Plaisance.
Durée 1h30