Thème :

L’Art peut-il nous apprendre à voir le monde autrement ?

Pour cette dernière séance de l’année, nous avons fait une auberge espagnole. De nombreux sujets ont été proposés, celui choisi porte sur l’art.

Avec l’art, ont dit nos participants, nous apprenons à voir, nous quittons  nos habitudes, nous changeons de regard. Nous pouvons voir le monde différemment.

L’art nous touche au cœur, à l’âme, à l’esprit.

Les artistes peuvent préfigurer le monde à venir. (cfrs 1984 Orwell).

L’art ce n’est vraiment que dans  les musées ?

La vue est un sens important et nous avons remarqué que nous revenions systématiquement sur l’art pictural.

Et si la plus belle œuvre d’art c’était  le monde lui-même ? Si nous affinons notre regard, si nous sommes attentifs à ce qui nous entoure, nous pouvons nous émerveiller par le monde lui-même.

Il n’y a pas d’art sans être humain. C’est le regard de l’être humain qui fait d’un objet un objet artistique. L’être humain a besoin de trouver un sens à ce qu’il vit depuis la nuit des temps. La nature, le monde ne lui suffit pas.  Il est important pour les humains de créer. L’art est création.

L’art parle de la culture de chacun, du milieu social de chacun. Il y a aussi des modes en art. Les plus grandes fortunes investissent dans l’art. Van Gogh est mort pauvre, maintenant ses toiles valent des millions. Que nous disent de l’humanité ces prix stratosphériques ? La valeur marchande de l’art pourrait être un prochain sujet…Presque gratuitement, nous pouvons voir des œuvres de Van Gogh et en être touché, chacun différemment avec notre sensibilité propre et notre histoire.

Philippe Descola dans « Les formes du visible » rappelle que l’on n’imagine et ne perçoit que ce que l’habitude nous a enseigné à discerner….

 

Qu’est-ce que l’art ?

 Définir l’art est difficile ; le mot a pris divers sens au cours des siècles.

L’art est une activité, le produit de cette activité s’adresse délibérément aux sens, aux émotions, aux intuitions et à l’intelligence. L’art est le propre de l’humain et cette activité n’a pas de fonction pratique définie. On considère le terme « art » par opposition à la nature « conçue comme puissance produisant sans réflexion », et à la science « conçue comme pure connaissance indépendante des applications ». D’après wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Art

En Europe, depuis la fin du XVIIIe siècle, ce terme recouvre principalement les produits dits des « beaux-arts » tels que la sculpture, l’architecture, les arts graphiques (dont la peinture ou le dessin), et aussi la musique, la danse, la poésie et la littérature. On y ajoute depuis, parmi d’autres, l’image en mouvement (le cinéma, la télévision, l’art numérique), le spectacle vivant (le théâtre, le mime), la photographie, la bande dessinée, et, plus largement encore, la mode.

La classification des arts n’est toutefois pas universelle et rechercher une classification unanime semble impossible.

 

Étymologie et évolution du sens :

Le mot français « art » dérive du latin ars, artis qui signifie « habileté, métier, connaissance technique ».

Art et philosophie :

Depuis au moins l’antiquité, la philosophie s’interroge sur la nature de l’art.

Platon et Aristote s’interrogent sur l’art en tant que « beau ». Toutefois, l’esthétique antique diffère parfois notablement des esthétiques postérieures et le mot grec τέχνη (technè), qui est l’équivalent le plus proche du français « art », désigne dans la Grèce antique l’ensemble des activités soumises à certaines règles. Il englobe donc à la fois des savoirs, des arts et des métiers.

La civilisation romaine ne distingue pas non plus clairement le domaine de l’art de celui des savoirs et des métiers bien que Cicéron et Quintilien y aient contribué par leurs réflexions. « L’art est le système des enseignements universels, vrais, utiles, partagés par tous, tendant vers une seule et même fin. »

Dans cette acception du mot, qui a prévalu jusqu’à la fin du Moyen Âge, l’art s’oppose à la fois à la science conçue comme pure connaissance, indépendante des applications, et à la nature qui produit sans réfléchir.

Jusqu’à la Renaissance, il n’y a pas de différence précise entre l’artiste et l’artisan : on appelle «artiste» un artisan dont la production est d’une qualité exceptionnelle. La différence ne commencera à devenir plus précise que lorsque les artistes commenceront à s’émanciper des corporations pour faire allégeance aux académies et à la commande nobiliaire. C’est alors que le sens maintenant familier du mot « art » commence à se dégager.

C’est du siècle des Lumières que date la notion d’art aujourd’hui communément admise. Partant d’une réflexion sur les sens et le goût, une conception basée sur l’idée de beauté finit par s’établir. Avec Emmanuel Kant émerge une théorie de l’art définissant l’esthétique, dont les principes seront repris par le mouvement romantique. L’importance de l’observation de règles passe alors au second plan tandis que l’intention de l’artiste, qui vise nos sens et nos émotions, devient primordiale.

Mais le XXe siècle, par ses pratiques et ses idéologies, remet en question tout ce qui avait pu être retenu au siècle précédent. Il conteste en particulier l’existence d’une essence de l’art qui se retrouverait à travers les âges et les civilisations, et donc le rêve d’une définition universelle. Il souligne également le caractère parfois ambigu du rapport entre « beauté » et « art », par exemple lorsque l’œuvre d’art représente la nature de manière effrayante, voire repoussante.

Les sources d’art :

 Préhistoire : Quelle était la fonction exacte des sculptures et des peintures réalisées par les artistes ? Nous ne le savons pas avec certitude, même si les hypothèses de fonctions rituelles, magiques, symboliques ou d’enseignement ont souvent été envisagées. Le travail de l’artiste aurait alors probablement eu comme visée première une efficacité « pratique », sans exclure pour autant une certaine recherche esthétique.

Afrique : L’Afrique recèle d’innombrables arts locaux qui reflètent une grande variété de cultures qui ne cessent d’évoluer au fil du temps. Ces créations ont été considérées comme de véritables objets d’art surtout à partir du début du XXe siècle, notamment sous l’influence des peintres cubistes. La découverte de cet art a alors notablement influencé l’art moderne occidental.

Asie : L’exemple du continent asiatique montre bien la difficulté d’établir des classifications d’histoire de l’art basées sur des continents et des périodes historiques. Comment présenter avec une certaine cohérence un ensemble aussi large et aussi hétérogène que celui qui réunit : des contextes religieux (l’art bouddhique, les arts de l’Islam); des ensembles géographiques (l’art chinois, l’art japonais, l’art tibétain, l’art du monde indien, l’art persan).

Europe : l’Art de l’Égypte antique, né il y a environ cinq mille ans, est l’une des principales sources de l’art en Europe. L’art européen doit aussi beaucoup à l’Art de la Grèce antique.

Théories de l’art

La philosophie de l’art désigne à la fois l’intérêt presque constant des philosophes pour l’art depuis l’Antiquité et une discipline plus ou moins conçue comme autonome depuis la fin du XVIIIe siècle.

L’apport de l’antiquité tourne autour de la notion de « mimésis », avec Platon dans Sophiste, et surtout avec Aristote, dans sa Poétique. La mimésis est selon lui l’art de représenter la réalité; l’Art serait donc représentation du réel et du Beau. Cependant, c’est avec la mise à l’écart du concept de mimésis que « la première théorie de l’art comme activité du génie émerge chez Kant ». En plus de distinguer les différents arts, Kant permet de déplacer le principe intime du caractère artistique vers le pôle de la réception, l’assimilant à l’idée esthétique en tant qu’expression de l’entendement et de l’imagination.

Art et attention au sensible : L’art ne se contente donc pas de copier la nature. Pour autant, il ne se détourne pas d’elle, mais remonte jusqu’à la source. Dans la peinture de Cézanne, rappelle Merleau-Ponty, il ne s’agit jamais de la couleur en tant que simulacre des couleurs de la nature, mais de la dimension de couleur, où notre cerveau et l’univers se rejoignent. L’artiste est sensuel, il aime saisir la personnalité propre, le visage des choses et des matières, comme le petit morceau de mur jaune dont parle Proust à propos de Vermeer.

C’est justement parce que la nature morte n’est pas la pomme, mais la représentation de la pomme, que pour la première fois je puis la voir au lieu de la penser ou de la croquer, considérer son aspect, et non son essence ou son utilité. C’est en ce sens que l’art déréalise son objet, comme le souligne Jean-Paul Sartre à la suite de Kant.

Arts et représentations : La notion de « représentation » dépend de la question que l’on se pose au début de la problématique et au commencement de l’art lui-même. Elle prend un sens tout particulier si l’on veut saisir le sens de l’œuvre d’art, et son rapport à la beauté. L’œuvre de l’art est une forme de « re-présentation », c’est-à-dire qu’elle présente autrement la réalité de l’univers. L’œuvre d’art ne vit pas de son rapport plus ou moins adéquat au réel, mais des affects qu’elle produit ; par exemple, les toiles de Munch ne représentent pas une forme de tristesse, mais produisent un sentiment, une émotion, qui pour certains s’appelle la tristesse, pour d’autres l’abomination. C’est peut-être parce qu’elle est productrice d’affects, et qu’elle est à elle seule un « univers ».

Le dessin :


 

France culture sur l’art :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/philosophie-qu-est-ce-que-l-art-8118078

 

7 podcasts à écouter dont :

  1. L’art doit-il être beau ? (58 min) : Apparue entre le XVIe et la fin du XVIIIe siècle, la notion de « beaux-arts » marque une rupture dans l’histoire de l’art : avec elle, le beau devient une finalité. Elle pose également les bases d’une réflexion esthétique nouvelle : qu’est-ce qui est beau dans l’art ? Existe-t-il des propriétés formelles du beau ?

 

  1. Comment fonctionne le geste créateur ? (49 min) : Comment fonctionne une œuvre d’art ? Par quelle magie ce que nous avons ordinairement devant les yeux peut-il se voir investi d’une aura particulière ? A partir de quelles ressources l’artiste peut-il créer un monde qui ne ressemble à rien d’autre et qui pourtant, par le regard, la lecture ou l’écoute, trouve un écho ?

 

  1. L’art peut-il nous consoler ? (58 min) : Souvent considéré comme le philosophe pessimiste par excellence, Arthur Schopenhauer (1788-1860) voyait dans l’art un moyen de se consoler de la vie, dont il pensait qu’elle n’était qu’effort et souffrance. Le philosophe allemand voyait l’art comme un palliatif nous permettant d’échapper à la mécanique aveugle de l’instinct.

 

Eléments de conclusion : 

L’art ne sert à rien concrètement et pourtant l’art nous  est indispensable. Il nous ouvre à la beauté, mais bien plus largement l’art nous ouvre au monde, aux autres  et nous aide à vivre.

Les citations :

La notion d’art, qu’il s’agisse de l’art nègre, de l’art crétois ou de l’art impressionniste, reste à la fois imprécise, ineffable et irritante. L’art, c’est ce qui maintient vivante l’idole morte en tant qu’idole. L’art c’est ce qui dans un objet continue à servir quand il ne sert plus à rien. Claude Roy

 

Si le monde était clair, l’art ne serait pas. Albert Camus. Le mythe de Sisyphe

 

L’art est fait pour troubler. La science rassure. Georges Braque

 

L’art, c’est la plus sublime mission de l’homme, puisque c’est l’exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre. Auguste Rodin

 

L’art, c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme. André Malraux

 

L’art est une abstraction, c’est le moyen de monter vers Dieu en faisant comme notre divin Maître, créer. Paul Gauguin / Lettre à Emile Schuffenecker – 14 Août 1888

Bibliographie : 

    Les formes du visibles – Une anthropologie de la figuration  – Philippe Descola – 2021

     

    Histoire de l’art – Ernst Gombrich

    Nous animons des Café Philo une fois par mois à Neuilly-Plaisance.

    Durée 1h30

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