La servitude peut-elle être volontaire ?
La servitude désigne un état de dépendance totale d’une personne soumise à une autre, d’un peuple, d’une nation soumis(e) à un(e) autre.
C’est une contrainte qui crée ou peut créer un état de dépendance. On parle par exemple des servitudes d’un métier.
Etymologie : du latin servitium, condition d’esclave, esclavage, servitude, captivité, venant de servus, esclave, asservi, soumis. En droit, la servitude est une contrainte, une charge imposée à une propriété (en général un terrain) pour l’usage d’une autre n’appartenant pas au même propriétaire.
Discours de la servitude volontaire
Nommé également « Contr’un »
Etienne de la boétie est un jeune homme de 16-18 ans lorsqu’il écrit ce texte au 16ème siècle.
Un pamphlet qui fit florès : Anticipant l’avènement de la monarchie absolue en France, le Contr’un fut jugé trop sulfureux par Montaigne, le meilleur ami de La Boétie. L’auteur des Essais, qui évoque cette « déclamation contre la tyrannie » dans « De l’amitié » (Essai I, 28), refusa de la publier. Il fit néanmoins beaucoup pour sa popularité en suggérant que ce réquisitoire, qu’il préférait tenir secret, serait toujours dangereux pour ceux qui gouvernent seuls.
De fait, les parlementaires se référèrent à La Boétie lors de l’épisode de la Fronde (1648-1653) contre le pouvoir abusif de Mazarin ;
les révolutionnaires de 1789, Camille Desmoulins en tête, s’approprièrent la formule : « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux » ;
Plus près de nous, Simone Weil, dans sa Méditation sur l’obéissance et la liberté (1937), écrivait à propos du mystère de la soumission volontaire : « Il y a près de quatre siècles, le jeune La Boétie, dans son Contre-un, posait la question. » Mais, estimait-elle, « il n’y répondait pas » –
Reste que le succès de pamphlets allant dans le sens originel de La Boétie, comme par exemple celui d’Indignez-vous ! (2010), court essai de Stéphane Hessel vendu à plus de 4 millions d’exemplaires dans le monde, prouve que les peuples aujourd’hui ne restent plus sourds à ceux qui leur rappellent que l’inertie est la meilleure complice des abus d’autorité.
C’est un discours de 18 pages que vous pouvez lire ici : https://www.singulier.eu/textes/reference/texte/pdf/servitude.pdf
Quelques extraits :
Page 3 : Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante — et pourtant si commune qu’il faut plutôt en gémir que s’en ébahir -, de voir un million d’hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient pas redouter — puisqu’il est seul — ni aimer — puisqu’il est envers eux tous inhumain et cruel. Telle est pourtant la faiblesse des hommes : contraints à l’obéissance, obligés de temporiser, ils ne peuvent pas être toujours les plus forts.
Page 7 : Il y a trois sortes de tyrans.Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race.
Ceux qui ont acquis le pouvoir par le droit de la guerre s’y comportent —on le sait et le dit fort justement comme en pays conquis. Ceux qui naissent rois, en général, ne sont guère meilleurs. Nés et nourris au sein de la tyrannie, ils sucent avec le lait le naturel du tyran et ils regardent les peuples qui leur sont soumis comme leurs serfs héréditaires. Selon leur penchant dominant — avares ou prodigues —, ils usent du royaume comme de leur héritage. Quant à celui qui tient son pouvoir du peuple, il semble qu’il devrait être plus supportable ; il le serait, je crois, si dès qu’il se voit élevé au-dessus de tous les autres, flatté par je ne sais quoi qu’on appelle grandeur, il décidait de n’en plus bouger. Il considère presque toujours la puissance que le peuple lui a léguée comme devant être transmise à ses enfants.
Page 8 : Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu’on dirait à le voir qu’il n’a pas seulement perdu sa liberté mais bien gagné sa servitude.
Page 10 : Ainsi la première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. Voilà ce qui arrive aux plus braves chevaux qui d’abord mordent leur frein, et après s’en jouent, qui, regimbant naguère sous la selle, se présentent maintenant d’eux-mêmes sous le harnais et, tout fiers, se rengorgent sous l’armure.
Les hommes veulent-ils vraiment être libres ?
« L’homme est né libre et partout il est dans les fers » affirme Rousseau dès la première ligne du Contrat social. Il affirme aussi que le seul pouvoir légitime dans la République qu’il décrit est celui détenu par la volonté générale qui n’est pas la volonté de la majorité, et que la liberté n’est pas concevable sans son corollaire, l’égalité.
Pour Rousseau, la liberté de l’homme est strictement une liberté d’indépendance. Ma volonté ne me lie à personne d’autre. Je fais ce que je veux à une condition près, c’est que je le puisse. Ce qui fait que cette liberté « formellement d’indépendance infinie » est réellement restreinte. Cette liberté d’indépendance je l’ai perdue à partir du moment où je vis en société puisque je suis lié par des liens de dépendance mais surtout par des liens d’obligation à commencer par avoir accepté d’obéir à des lois. À partir de là, je vais gagner trois sortes de libertés en rentrant dans l’ordre civil : la liberté politique (n’être soumis à aucune volonté que la volonté générale et pouvoir contribuer à sa définition), la liberté civile (la société me protège ainsi que mes biens et me garantit de pouvoir faire tout ce que la loi n’interdit pas) et la liberté morale (le fait que ce je fais, je le fais par une décision volontaire).
La conséquence de la liberté est la responsabilité totale pour l’individu de son existence, cela peut être difficile à accepter pour certains et peut nous mener à nous demander si certains individus ne préfèreraient pas une restriction de la liberté au profit de la baisse de la culpabilité d’un échec existentiel. C’est par réaction à cette angoisse que l’homme fait souvent preuve de mauvaise foi. Par son acte de mauvaise foi et par son refus de la liberté (souvent inconscient) une telle personne montre qu’elle ne souhaite pas être libre.
par ailleurs il est évident que le despote ne souhaite surtout pas la liberté de l’homme, il y perdrait tous ses avantages, la soumission des individus à l’ordre établi par lui est l’une des préoccupations principales de son règne. Ainsi, les tsars russes ont tout essayé pour ne pas laisser de liberté au peuple et par conséquent conserver leurs privilèges.
La nature de l’homme lui permet-il la liberté ?
Dans son livre « La Psychologie de masse du fascisme », William Reich (1897–1957) voit dans le fascisme l’expression de la structure caractérielle irrationnelle propre à l’individu moyen dont les besoins et les pulsions primaires, biologiques, ont été réprimés depuis des millénaires. Ce livre a été écrit en 1933 et republié en 1946.
« Eloignons-nous de l’animal, éloignons-nous de la sexualité ! » Voilà la devise de toutes les formations d’idéologies humaines. Peu importe le travesti choisi par telle ou telle idéologie : ainsi le fasciste parlera du « surhomme authentique », le communiste de l' »honneur de la classe prolétarienne », le chrétien de la « nature spirituelle et morale de l’homme », le libéral des « valeurs humaines supérieures ». Au fond de tout cela, on entend toujours la même chanson monotone : « Je ne suis pas un animal ».
Il ne faut jamais perdre de vue qu’Hitler a toujours fait appel – et avec succès – au ressentiment des masses contre la pseudo-démocratie et le système parlementaire.
C’est la structure autoritaire, anti-libérale et anxieuse des hommes qui a permis à sa propagande d’accrocher les masses. C’est la raison pour laquelle l’importance sociologique d’Hitler ne réside pas dans sa personnalité mais dans ce que les masses ont fait de lui. Cet aspect du problème est d’autant plus piquant qu’Hitler méprisait du fond de l’âme les masses à l’aide desquelles il comptait imposer son impérialisme.
C’est dans la mesure même où le führer incarne la nation en accord avec le sentiment national des masses que se forme un lien personnel avec lui. S’il sait réveiller dans les individus nivelés par la masse les liens affectifs familiaux, il représentera en même temps le père autoritaire. Il attire sur sa personnalité l’ensemble des attitudes affectives qui s’adressaient naguère au père protecteur et représentatif (représentatif dans l’imagination de l’enfant). En faisant remarquer à des partisans nationaux-socialistes que le programme du parti était intenable à force d’être contradictoire, on obtenait souvent la réponse suivante : Hitler s’y connait bien mieux, « il trouvera solution à tout ! ».
La question essentielle est donc la suivante : Pouquoi les masses succombent-elles à la mystification politique ?
Il leur était loisible de porter un jugement sur la propagande des différents partis. Pourquoi n’ont-elles pas remarqué qu’Hitler promettait aux travailleurs l’expropriation des moyens de production et aux capitalistes des garanties contre l’expropriation ?
Le national-socialisme avait recours à des moyens différents selon les milieux auxquels il s’adressait et il modulait ses promesses en fonction des couches sociales dont il avait, à un moment donné, besoin.
Être radical, cela veut dire selon la définition de Marx lui-même, « prendre les choses à la racine »; si l’on prend les choses à la racine, si l’on se rend compte de leur processus contradictoire, la victoire sur l’élément réactionnaire est assurée. Si l’on procède autrement, on aboutit inéluctablement aux vues mécanistes, économistes ou métaphysiques, autrement dit au désastre.
Il s’ensuit que la critique n’a de sens et de portée pratique que si elle peut montrer à quel point précis on est passé à côté des contradictions de la réalité sociale.
Plus récemment, Bernard Lahire, sociologue, se demande si les sociétés humaines ne sont pas structurées par quelques grandes propriétés de l’espèce et gouvernées par des lois générales ?
Dans ce livre, « Les structures fondamentales des sociétés humaines » en 2023 , il compare les sociétés humaines à d’autres sociétés animales et en dégage les propriétés centrales de l’espèce, parmi lesquelles figurent en bonne place la longue et totale dépendance de l’enfant humain à l’égard des adultes et la partition sexuée.
Pourquoi les sociétés humaines, à la différence des sociétés animales non humaines, ont-elles une histoire et une capacité d’accumulation culturelle ? Pourquoi la division du travail, les faits de domination, et notamment ceux de domination masculine, ou les phénomènes magico-religieux se manifestent-ils dans toutes les sociétés humaines connues ? Pourquoi l’ethnocentrisme est-il si universel et pourquoi des conflits opposent-ils régulièrement des groupes qui s’excluent mutuellement ? C’est à ces questions cruciales que cherche à répondre Bernard Lahire en formulant, pour les sciences sociales, un paradigme unificateur fondé sur une synthèse des connaissances essentielles relatives à la vie sociale humaine et non humaine accumulées dans des domaines du savoir aussi différents que la biologie évolutive, l’éthologie et l’écologie comportementale, la paléoanthropologie, la préhistoire, l’anthropologie, l’histoire et la sociologie.
« Paradoxalement, alors qu’elles se vivent comme des entreprises progressistes et libératrices, les sciences humaines et sociales, en séparant l’humanité de toutes les autres espèces animales, renouent avec une vision quasi théologique qui cherche à nier par tous les moyens possibles le principe darwinien de continuité du vivant. »
« Tant qu’on ne saisit pas le lien intime entre ces différentes propriétés de l’espèce humaine, on ne peut véritablement comprendre que l’altruisme, l’empathie et la forte capacité d’apprentissage, autant de traits qu’à peu près tout le monde s’accorde à trouver « positifs », et la dépendance ou la domination, qu’on perçoit souvent comme des traits négatifs, ne sont que les deux faces d’une seule et même pièce. Aucun mammifère altriciel, et les humains pas plus que les autres, n’échappe à cette équation, même si l’espèce humaine est la seule à pouvoir la juger et la critiquer. » (p. 566)
Le dessin :

Eléments de conclusion :
Extrait du livre « Le syndrome de la dictature » : Nous devons également reconnaître avec tristesse que la plupart des gens, à l’image des « bons citoyens » (personnes ordinaires dont leur monde est tout entier centré sur leur petite famille et leur travail) ne sont pas opposés à la dictature par principe et qu’ils la rejettent seulement si elle tourne mal et nuit au leurs intérêts personnels. Si la vie des gens s’améliore à l’ombre de l’autoritarisme, si les offres d’emploi augmentent dans des proportions raisonnables, si l’éducation et les soins de santé sont accessibles gratuitement ou à faible coût et si les autorités se contentent de s’en prendre aux autres, alors la plupart des gens donnent leur appui à la dictature. L’histoire enseigne que ceux qui considèrent que la liberté est plus importante que le reste sont généralement une minorité de la population tandis que la majorité des citoyens considèrent que la possibilité de gagner sa vie est beaucoup plus importante que la liberté. ( page 130)
Les citations :
Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. Etienne de la Boétie
Soyez résolus de ne servir plus, et vous serez libres. Etienne de la Boétie
La servitude volontaire, c’est le peuple qui lui-même s’assujettit et se coupe la gorge. Étienne de La Boétie
Le peuple est le même partout. Quand on dore ses fers, il ne hait pas la servitude. Napoléon Bonaparte
Quand je regarde l’Histoire, j’y vois des heures de liberté et des siècles de servitude. Joseph Joubert
Tout ce qui dégrade la culture, raccourcit les chemins qui mènent à la servitude. Albert Camus
La passion la plus forte du vingtième siècle : la servitude. Albert Camus
La première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. Etienne de la Boétie
L’art, c’est ce qui résiste : il résiste à la mort, à la servitude, à l’infamie, à la honte. Gilles Deleuze
Tout esclave a en main le pouvoir de briser sa servitude. William Shakespeare
Bibliographie :
Le Syndrome de la dictature
Alaa El Aswany – 2020
https://www.nonfiction.fr/article-10387-pour-une-histoire-de-la-servitude-volontaire.htm
Un essai incisif du grand écrivain égyptien sur le thème de la servitude volontaire qui renoue avec l’inspiration de La Boétie
Alaa El Aswany raconte d’innombrables anecdotes, toutes plus étonnantes les unes que les autres, sur le comportement parfois étrange et bien souvent révoltant des dictateurs qui ont sévi au cours du siècle précédent (de Hitler à Moubarak en passant par Mussolini, Staline, Franco, Nasser, Hussein, Kadhafi, Bokassa, El-Assad, Salazar, Duvalier, Ceauşescu, Trujillo, Niyazov, etc.), et plus encore sur l’incroyable passivité des foules qui ont consenti et continuent de consentir massivement à l’exercice d’un tel pouvoir autoritaire.
La question qui, de son propre aveu, le tourmente depuis sa plus tendre enfance, est de savoir comment il se peut que les hommes veuillent leur propre servitude.
« La question », écrit Alaa El Aswany, « me taraudait et je ne lui trouvais de pas réponse convaincante jusqu’à ce que je tombe sur Étienne de la Boétie ». Lisant le Discours de la servitude volontaire, l’auteur croit alors trouver la clé du mystère dans l’idée d’une sorte de perversion fondamentale de la liberté visant à sa propre destitution.
Cette foi émotionnelle engendrée par la religion est également un phénomène propre à la dictature. Écoutez le discours de n’importe quel dictateur de l’ère moderne et vous n’y trouverez pas un seul argument logique. Un dictateur ne parle jamais à l’intelligence, il s’adresse aux émotions des masses qui s’abandonnent totalement à leurs sentiments, qui n’engagent pas leur intelligence mais au contraire s’identifient au dictateur. Ils le voient comme quelqu’un qui représente leur volonté, qui est leur héros et leur sauveur, dont ils soutiendront chaque décision. Les millions de personnes qui sont restées des heures debout, criant à tue-tête, applaudissant à tout rompre Adolf Hitler ou Benito Mussolini, n’étaient pas des gens stupides à la tête creuse. Ils avaient été subjugués par le magnétisme du dictateur et se trouvaient possédés par un état émotionnel qui avait annihilé leur conscience et leur volonté. Il s’agit là d’une forme d’hypnose de masse. (Pages 108 et 109)
Discours de la servitude volontaire – Etienne de la Boétie (Voir plus haut)
https://www.babelio.com/livres/La-Boetie-Discours-de-la-servitude-volontaire/5584
https://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_de_la_servitude_volontaire
La Psychologie de masse du fascisme – Wilhelm Reich (1897 – 1957)
(Voir plus haut)
La pensée captive – Czeslaw Milosz
https://www.babelio.com/livres/Milosz-La-pensee-captive/266793
Cet ouvrage du Prix Nobel 1980, Czeslaw Milosz (1911-2004), se situe au même niveau d’importance que « Les origines du totalitarisme » d’Hannah Arendt (1906-1975). Pas étonnant que le grand philosophe allemand-suisse Karl Jaspers (1883-1969) en a assuré la préface.
L’ouvrage analyse l’asservissement de l’esprit dans les États totalitaires de l’Europe centrale et de l’est après la Deuxième Guerre mondiale, que Milosz, comme citoyen polonais, a bien pu observer. Loin d’une diatribe violente de converti cependant, l’auteur a essayé d’en saisir la vraie réalité. Comme Karl Jaspers note : « sans que l’auteur y insiste jamais, une souffrance infinie reste ici perceptible, dans la clarté et l’art d’un exposé tout objectif ».
« Mais parfois, il est hanté par cette pensée que le diable à qui l’on vend son âme tire sa force des hommes eux-mêmes, et que le déterminisme de l’histoire est une création des cerveaux humains. »
La servitude volontaire aujourd’hui. Esclavages et modernité
Nicolas Chaignot – 2012
A Sparte, les esclaves étaient requis sous les armes quand l’Etat – seul propriétaire – le décidait. A Athènes, en revanche, ils n’étaient qu’une marchandise et à Rome, où il existait toute une hiérarchie entre eux, ils étaient assez fréquemment affranchis. Dans tous les cas cependant, esclavage et racisme n’allaient pas de pair, contrairement à l’esclavage de la période moderne : le code noir français (1685) – dont le titre même lie esclavage et couleur de peau, ce que l’auteur compare à » l’horreur nazie » -, contribue à mettre en place, tout comme dans le Sud des Etats-Unis, un » système esclavagiste » raciste à finalité économique. Un système qui va légitimer la traite négrière et ses horreurs.
Si l’abolition met fin à ce système, ce sont des formes variées de travail forcé qui lui succèdent, marquées notamment par la promulgation du code de l’indigénat dans l’Empire français. On en est aujourd’hui sorti, mais au bénéfice d’un salariat qui masque trop souvent une » servitude volontaire « .
Et l’auteur s’interroge longuement sur sa légitimité : ce type de servitude volontaire sert à persuader les acteurs que leurs » actions sont justes et légitimes, alors que le contraire y est souvent patent « . Une démarche, aux antipodes de celle de Robert Castel, qui analyse le salariat comme la construction d’un cadre protecteur.
Le Syndrome de la dictature – Alaa El Aswany
(Voir plus haut)
Les structures fondamentales des sociétés humaines – Bernard Lahire – 2023
(Voir plus haut)
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Durée 1h30