Existe-t-il une conscience animale ?
D’après André Comte-Sponville, la « conscience » est « l’un des mots les plus difficiles à définir ».
Avant de réfléchir sur la conscience animale, il nous faut réfléchir sur la conscience humaine.
- Qu’est-ce que la conscience humaine ?
- Qu’est-ce qui distingue les animaux des humains ?
- Qu’est-ce qui les rassemble ?
Qu’est-ce que la conscience ?Approche philosophique
- Une petite voix intérieure
- La conscience d’être
- Se rendre compte qu’on est un individu
- Le contraire de l’instinct.
La conscience est généralement définie comme l’expérience subjective, ou phénoménale, que nous avons de notre environnement, de notre propre corps et/ou de nos propres connaissances. Source : Inrae – la conscience animale mai 2017
En français, « conscience » est un emprunt (vers 1165) « au latin conscientia, dérivé de conscire, de cum « avec » (→ co) et scire « savoir » (→ science), proprement « savoir en commun » ».
Antiquité gréco-romaine : Il n’existe aucun concept strictement comparable à celui de conscience dans la philosophie de la Grèce antique. Selon Barbara Cassin, « il n’y a pas de mot grec correspondant à conscience, mais une grande variété de termes et d’expressions sur lesquels conscience est projeté, et qui renvoient tantôt à un rapport à soi, tantôt à un jugement moral, tantôt à une perception, tantôt à un jugement, opérant souvent un croisement ou une dérivation entre plusieurs de ces acceptions ».
On retrouve ce sens dans des locutions comme : « bonne conscience » (1230), « en conscience » (1306), « en leur âme et conscience », « cas de conscience » (1609).
La valeur morale de « connaissance intuitive du bien et du mal » est la seule que connaisse le mot « conscience » avant le XVIIe siècle.
Apparition du concept philosophique de « conscience » au dix-septième siècle dans les langues européennes. Le concept de conscience (consciousness) n’a été isolé de sa signification morale qu’à partir de John Locke, dans son « Essai sur l’entendement humain » (1689). Avant lui le mot conscience n’a jamais eu le sens moderne. En particulier, Descartes ne l’emploie quasiment jamais en ce sens, bien qu’il définisse la pensée comme une conscience des opérations qui se produisent en nous (les Principes de la philosophie, 1644). Descartes n’emploie que très rarement le mot « conscience ».
Au XVIIIe siècle (par exemple, chez Jean-Jacques Rousseau en 1762), le concept, passé dans l’usage commun, désigne « la connaissance immédiate, plus ou moins intuitive, d’une chose à l’intérieur ou à l’extérieur de soi, fournissant les locutions « avoir, prendre conscience de ».
Ce que « contient » la conscience : Ame, intelligence, raison, sensibilité, les émotions.
Le XIXe siècle (Hegel, Marx) fait de la conscience « non pas une première certitude naïve, mais le fruit d’une médiation », comme dans « prise de conscience », conscience de classe.
Au début du XXe siècle, Sigmund Freud, en élaborant la théorie psychanalytique, poursuit la critique de ce concept « tel que l’entend la psychologie » et refuse « de limiter le champ du psychisme à la conscience ». On a désormais la notion d’inconscient.
Qu’est-ce que la conscience ? Approche biologique
En neurobiologie, la conscience regroupe le sens de l’éveil, la connaissance de soi et la perception de l’environnement.
Parmi les états de conscience, on peut distinguer des états normaux, des états altérés (par des maladies, des traumatismes…) et des états modifiés (par des psychotropes…).
En comparant en particulier les capacités cognitives de différentes espèces animales, il apparaît différents niveaux de conscience :
- La conscience primaire (consciousness), au sens général, qui serait l’état le plus primaire et le plus basique du phénomène de conscience (représentation consciente de l’environnement et du corps du sujet). La plupart des animaux seraient limités à ce niveau de conscience ;
- La conscience introspective ou réflexive, qui correspondrait à une représentation consciente des représentations (être conscient d’avoir conscience) ;
- La conscience de soi (self-awareness), qui serait un état supérieur de conscience, où le psychisme accède à une connaissance claire et immédiate, non seulement de son activité, mais en plus de son identité propre et singulière, et tel que l’auteur de sa propre activité (capacité du sujet à se percevoir comme étant l’auteur de ses pensées). Seuls les hominidés et quelques animaux tels les cétacés auraient accès à ce niveau de conscience. La conscience de soi est à distinguer de la reconnaissance de soi (self-recognition), capacité cognitive d’un organisme à se reconnaître à partir d’informations sensorielles olfactives, auditives, visuelles, etc.
Au niveau subjectif, la conscience se manifeste par différents phénomènes :
- Les sensations et les émotions.
- Les différentes mémoires : mémoire procédurale (habitudes et caractère), mémoire sémantique et mémoire épisodique.
- L’attention, le fil de la pensée, le langage supportant le monologue intérieur.
- La planification et l’imagination.
- La conscience de soi, le libre arbitre.
Processus conscients et inconscients :
L’étude de la conscience met en évidence un fait remarquable : la plupart des processus du système nerveux sont inconscients (au sens cognitif). C’est le cas de tous les processus réalisés par la moelle épinière et le tronc cérébral incluant :
- Tous les processus du système nerveux autonome (respiration, digestion, thermorégulation, osmorégulation, etc.) ;
- Tous les processus dits « réflexes » (réflexe d’étirement croisé, réflexe stapédien, réflexe de préhension, etc.).
Mais ce serait également le cas de nombreux processus cérébraux effectués par les structures plus complexes du prosencéphale, dont tout particulièrement le néocortex dont certains processus dits « automatiques » (lecture, conduite d’un véhicule…)
Qu’est-ce qui distingue les animaux et les humains ? :
Examinons la chronologie du vivant :
- Il y a plus de 13 milliards d’années : big bang
- Protocellules : 4 milliards d’années
- Première cellules cellule sans noyau ou procaryotes dont les bactéries : 3,8 milliards d’années
- Photo synthèse : 3 ,5 milliards d’années
- Premières cellules individuelles ou eucaryotes : deux milliards d’années
- Premiers organismes multicellulaires : de 700 à 600 000 000 d’années
- Premiers systèmes nerveux : 500 millions d’années
- Poissons : 500à 400 000 000 d’années
- Plantes : 470 000 000 d’années
- Mammifères : 200 000 000 d’années
- Primates : 75 000 000 d’années
- Oiseaux : 60 000 000 d’années
- il y a environ 10 millions d’années : les hominidés. C’est la famille qui regroupe des espèces actuelles et éteintes (orangs-outans, gorilles, chimpanzés et nous-mêmes). Le plus ancien hominidé connu est le Toumaï (7 millions d’années).
- Puis les Homo. L’Homo le plus connu est le Homo Habilis (2.4 millions d’années)
- Homo sapiens il y a 300 000 ans
7000 générations nous séparent en moyenne des premiers Sapiens. Il y a 98.8% de similitude entre les gènes des chimpanzés et de Sapiens. 95% pour l’ADN total.
Peu de choses nous séparent donc des animaux. Comme eux nous avons besoin d’eau, de nourriture, d’air pour respirer.
Dans la chaine de la vie, pourquoi les humains apparus en dernier se sont-ils vu hors de la nature ?
En savoir plus :
https://www.mnhn.fr/fr/l-histoire-de-la-vie
https://fr.wikipedia.org/wiki/Origine_de_la_vie
https://www.mnhn.fr/fr/qu-est-ce-qu-un-humain
Le MNHN (Muséum nationale d’histore naturelle) rappelle tout d’abord que l’humain est lui-même un animal, et qu’il ne possède aucune différence radicale avec d’autres espèces. L’humain, un animal parmi tant d’autres !
D’autres animaux sont bipèdes, d’autres ont des cerveaux de taille importante, et les autres primates utilisent comme nous leurs mains avec des pouces opposables. Certes les Hommes communiquent entre eux de façon efficace grâce au langage, mais que dire des moyens de communication de certains insectes comme les fourmis, eux-mêmes très efficaces et précis ?
Sur le plan physiologique nous sommes extrêmement proches des autres primates. Plus on observe le chimpanzé dans la nature, et plus on s’aperçoit que du point de vue comportemental (communication, fabrication d’outils, résolution de problèmes) il est aussi proche de nous.
Néanmoins les performances intellectuelles de l’humain sont différentes et c’est sûrement là la principale dissemblance entre nous et les autres primates. L’humain est capable de conceptualiser des choses complexes, de se projeter dans l’avenir pour anticiper certains problèmes. Son principal atout : le fait d’utiliser des outils complexes, qu’il sait transformer ou faire évoluer à volonté pour se confronter à tout type de situation.
Le dessin

Pourquoi avons-nous tendance à oublier que l’humain est un animal comme les autres ?
L’éthologue Jessica Serra explique pourquoi il est essentiel de reconsidérer notre animalité, de repenser nos rapports avec le monde animal et de rompre avec un système de croyance millénaire qui nous a conduit à nous distinguer d’eux en tant qu’humains. Alors que nous sommes des animaux comme les autres. On est un petit bourgeon sur un grand arbre évolutif de la vie et on continue nous aussi à être assujettis aux lois de l’évolution :
Nous oublions de nous réinscrire dans le cadre de nos origines animales primitives et manquons donc de considérer l’animal et la nature comme il se doit : l’homme moderne ne descend pas d’une lignée qui commencerait avec un ancêtre commun, pour arriver à l’humain redressé et fier que nous sommes aujourd’hui. Nous ne sommes pas si extraordinaires par rapport aux autres animaux.
C’est quand nous avons voulu nous arracher à notre condition de simples mortels, à notre condition naturelle, que nous avons pris conscience de notre humanité et de notre place singulière sur notre planète. Ce moment-clé de notre évolution, Jessica Serra le renvoie à « la naissance de la spiritualité car on a ressenti le besoin de conjurer nos angoisses existentielles, nous sommes devenus des êtres culturels et avons dû inventer un autre monde aux rapports différents avec nos semblables du monde animal. »
Ce moment-clé de la naissance de l’humanité, qui consiste en une projection de la pensée vers le domaine de l’imaginaire, du langage, a fini par progresser au point que nous autres « animaux savants », nous sommes différenciés des autres animaux.
De Sapiens à l’Égypte antique : quand l’humain et l’animal ne firent qu’un
Les représentations animales étaient omniprésentes depuis les peintures pariétales jusqu’aux pratiques religieuses polythéistes de l’époque antique. Avec les animaux, Sapiens se situait dans un rapport horizontal et non pas hiérarchique.
Jessica Serra : « L’homme de la préhistoire ne concevait pas du tout de la même manière sa relation aux animaux par rapport au système de pensée qui est le nôtre aujourd’hui. »
Les vestiges archéologiques (les grottes ornées) parlent d’eux-mêmes. On a pu y observer une surreprésentation de l’animal avec un grand nombre d’espèces très finement représentées. Quand l’homme, lui, ne se représentait que très peu. Et lorsqu’il se représentait, il se représentait sous une forme hybride, comme un être thérianthrope représenté à la fois avec un corps d’homme et une tête d’animal. Ces figures animales permettaient de faire transiter les esprits du monde de l’invisible vers le monde du visible.
La relation à l’animal était extrêmement importante parce que l’animal occupait une place centrale dans l’existence humaine.
Même si la chasse était de coutume, on entretenait un rapport respectueux pensé comme un équilibre au niveau du transfert des esprits : lorsqu’on tuait un animal, on n’éprouvait pas forcément du plaisir à le tuer. Les Égyptiens avaient des dieux qui avaient exclusivement des caractéristiques anthropomorphes.
S’affranchir de l’animal qui est en nous : un héritage de la Grèce antique…
C’est à cette époque-là qu’une grande transition s’opère puisque l’éthologue précise que « les 12 dieux de l’Olympe n’ont plus aucune caractéristique animale. Les divinités mi-humaines et mi-animales ne symbolisent plus l’appartenance à un grand tout spirituel. Les représentations hybrides sont désormais perçues comme des monstres, à l’image du Minotaure (cet homme à tête de taureau qui se nourrit de chair humaine) qu’il faut enfermer dans un labyrinthe. Ou encore le sphinx au corps de lion ailé et à la tête de femme qui ravage les champs. »
C’est un nouveau système de croyances centré sur l’homme à partir duquel débute le long processus d’enfouissement de la bête en soi.
Le philosophe du IVe siècle av J.-C. Aristote impose sa vision utilitariste de la nature comme des animaux et y voit une création au service de l’humanité. Une vision vouée à s’inscrire durablement jusqu’à aujourd’hui.
Les religions monothéistes et la pensée cartésienne normalisent ce rapport
Héritage sur lequel les religions monothéistes vont bientôt s’appuyer pour avoir définitivement raison d’un rapport de respect entre l’homme et l’animal que nous ne retrouverons plus jamais. Jessica Serra explique que « les grands monothéismes enfoncent le clou et enlèvent au monde vivant, sa sacralité par rapport à l’humain » :
La nature et les animaux ont été créés pour l’homme. Seul l’homme bénéficie d’une âme divine qui le différencie du reste de la nature.
Jessica Serra : « On vit toujours largement avec cette idée que tout ce qui nous entoure aurait été créé pour l’humain, qui aurait un droit de domination sur les animaux, sur le vivant de manière générale. »
D’ailleurs, au Moyen Âge, beaucoup d’animaux sont diabolisés, à l’instar du cochon. Ensuite, au XVIIe siècle, si le philosophe et mathématicien René Descartes affirme que l’animal peut être doté de sensibilités, il reste considéré comme inférieur aux humains car, selon lui, l’absence de langage et de pensée le différencie… »
« En tant qu’animal savant, il faut nous réconcilier avec notre animalité pour le bien du monde vivant »
C’est parce que nous sommes des animaux doués de culture, que nous avons une responsabilité plus grande quant à la manière de traiter la nature, les animaux et le monde vivant. Jessica Serra explique que c’est « cette incroyable faculté que nous avons atteint au niveau cognitif qui doit faire de nous des êtres d’autant plus responsables ». Il faut apprendre à redécouvrir cette part d’animalité en déconstruisant ce qu’on nous a appris pendant des millénaires.
En savoir plus : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/grand-bien-vous-fasse/comment-accepter-notre-part-d-animalite-6146152
Existe-t-il une conscience animale ?
Le mot conscience étant extremement polysémique, peut-être est-il plus universel de dire qu’il y a une intelligence chez les animaux :
Certes :
- L’animal non-humain ne manie pas les concepts comme les humains.
- L’animal n’est pas capable d’abstraction élaborée.
MAIS :
- L’animal a une personnalité
- L’animal a un langage
- L’animal est sensible. On peut même dire qu’il a des sentiments.
- A coup sûr il est capable de vivre les 4 émotions de base : la peur, la colère, la tristesse, la joie
- L’animal a une mémoire et est capable d’apprentissage.
Peter Singer contourne le problème de la conscience en considérant que les intérêts des animaux sont à prendre en compte en fonction de leur capacité à ressentir la souffrance. Dans l’optique de Peter Singer, c’est la capacité à souffrir qui est moralement importante. Il ne s’agit pas de « donner le droit de vote aux cochons », mais de ne pas mépriser les intérêts, différents mais réels, des non-humains.
Joëlle Proust dans « Les Animaux pensent-ils ?« , Introduction, Bayard, 2003, p. 7-8 dit :
« Un vif débat interdisciplinaire se déroule aujourd’hui autour de la conscience animale. Les animaux pensent-ils ? Sont-ils conscients ? La question a une signification immédiate en paléo-anthropologie et en biologie évolutionniste. Il s’agit de savoir par quelles étapes l’esprit humain s’est formé, et en quoi il se distingue de celui de ses proches cousins les primates non humains. Mais elle conditionne aussi l’action juste face aux animaux.
S’ils sont conscients, ne faut-il pas les traiter autrement que nous ne l’avons fait depuis des siècles : comme des bêtes de somme, des esclaves, des cibles vivantes et, bien sûr, comme des fournisseurs de viande, de peaux, de médicaments ?
Et si notre survie dépend de leur exploitation, n’avons-nous pas au moins à respecter certains droits élémentaires liés à la qualité de leur vie ?
Le bien-être des animaux domestiques est devenu au tournant de ce siècle un thème de recherche collectif à finalité non seulement philosophique, mais aussi biologique, éthique, juridique et politique. N’y a-t-il pas « peur » et « frustration » chez l’animal de ferme ? Doit-on respecter un droit des animaux dans l’industrie alimentaire ?
Les grands singes peuvent-ils être entassés dans des zoos sans considération de leurs capacités à se représenter leurs propres états ? Ont-ils, du fait de leurs capacités cognitives, un droit au plaisir et à la liberté qu’on peut refuser aux autres animaux ?
La question de la conscience animale a pris un tournant éthique ; on ne peut plus se contenter de réponses vagues ou purement empathiques. »
Histoires étonnantes sur les animaux :
Comment sont-ils devenus nos meilleurs amis ? Depuis quand parle-t-on de la souffrance animale ? À travers l’Histoire, le rapport que les hommes entretiennent avec les animaux a beaucoup évolué. L’historien Éric Baratay détaille dans une interview pour le podcast “Au Cœur de l’Histoire”, cinq moments marquants de ce lien qui unit l’homme à l’animal.
Les animaux, sujets d’étude…dès Aristote
« Comment penser les animaux alors que nous ne sommes que des humains, c’est-à-dire une espèce animale parmi d’autres ? » Voilà une question philosophique complexe et … en réalité très ancienne. « C’est un débat qui est posé dès l’Antiquité, chez Aristote, Pythagore ou encore Plutarque », rappelle l’historien Éric Baratay. Persuadé que le monde animal est accessible à l’intelligence humaine, Aristote consacre neuf livres à son « Histoire des animaux », dans lesquels il compile les observations sur la diversité animale.
À Rome, on inhumait ses animaux favoris
La Bible, ennemie du chien
La diffusion du christianisme bouscule les pratiques existantes. « Dans la Bible, il y a des versets très défavorables aux chiens », décrypte encore Éric Baratay . Voici ce qu’on peut y lire : « Dehors les chiens, les enchanteurs, les impudiques, les meurtriers, les idolâtres, et quiconque aime et pratique le mensonge ! » (Apocalypse 22,15). « En conséquence, on va voir disparaître le modèle du chien de compagnie. La pratique d’inhumer son chien favori paraît scandaleuse ».
Les invasions germaniques aux IVe et Ve siècle sont un autre facteur de changement. Alors que les populations romanisées, comme les Gaulois, avaient cessé de consommer du chien, les peuples germains eux, continuent de s’en nourrir.
Descartes et « l’animal-machine »
Une nouvelle rupture s’opère au XVIIe siècle, dans le monde intellectuel : l’animal est désormais considéré comme une machine. « Descartes en est le théoricien », précise Éric Baratay. La philosophie cartésienne s’appuie sur un dualisme entre l’âme et le corps, ce dernier étant comparable à une horloge aux rouages subtils. Il écrit : « Lorsqu’une montre marque les heures par les moyens des roues dont elle est faite, cela ne lui est pas moins naturel qu’il n’est à un arbre de produire des fruits » (Principes de la philosophie, 1644).
Et si le corps de tout être vivant est une machine, y compris le corps humain, c’est au niveau de la parole et de la raison que l’on peut distinguer l’Homme de l’animal. Pour Descartes, seul l’être humain est doté d’une âme qui fait sa noblesse, tandis que l’animal n’est que machine. Pour Éric Baratay, ce courant de pensée aboutit au XXe siècle à “l’industrialisation des animaux”, dans l’élevage ou l’abattage par exemple.
La SPA a près de deux siècles !
« À l’opposé, il y a une petite minorité qui s’insurge contre la souffrance animale dès le XIXe siècle » souligne Éric Baratay. En 1845, se crée la Société Protectrice des Animaux (SPA), avec pour premier objectif la défense des chevaux maltraités par les cochers parisiens. Cinq ans plus tard, la loi Grammont , première loi nationale de protection animale, est votée. Elle tire son nom du général et député de la Deuxième République Française Jacques Delmas de Grammont, révolté par les mauvais traitements infligés des chevaux mobilisés pour la guerre.
Cette loi, qui ne punit que les actes de cruauté envers les animaux dans la sphère publique, vise cependant davantage à préserver la sensibilité humaine que l’intégrité animale. Ce n’est qu’avec le décret Michelet , 109 ans plus tard, que la condition publique des mauvais traitements est abrogée, élargissant ainsi considérablement la répression de la maltraitance envers les animaux.
Eléments de conclusion :
Finalement, il n’y a tant de différence que ce que nous croyons généralement entre les humains et les non-humains.
Est-ce qu’il faut un système nerveux pour avoir une conscience ? Est-ce qu’il existe une conscience végétale ?
Quels droits pour les animaux ?
Comment se conduire de manière JUSTE avec les animaux doués de sensibilité et pouvant connaitre la souffrance ?
L’accélération des excès (élevage intensif, productivisme effréné, production de plastique…), du au développement des moyens techniques ne datent que des années 50.
Nos capacités humaines nous donnent aujourd’hui une responsabilité très grande pour respecter le monde animal dont nous faisons d’ailleurs partie. Remettre l’humain a sa juste place est le défi écologique à relever. Il y a urgence.
Liens :
https://www.fondation-droit-animal.org/94-quest-ce-que-la-conscience
https://www.inrae.fr/sites/default/files/pdf/esco-conscience-animale-resume-francais-8-pages.doc.pdf
https://www.l214.com/ : L214 est une association de défense des animaux utilisés comme ressources alimentaires
https://www.philo52.com/articles.php?lng=fr&pg=2300 : conscience humaine et conscience animale.
Les citations :
On ne peut pas partager sa vie avec un chien ou un chat sans savoir parfaitement que les animaux ont une personnalité, des pensées et des émotions. Jane Goodall
On peut évidemment admettre qu’aucun animal ne possède la conscience de lui-même si l’on implique par ce terme qu’il se demande d’où il vient et où il va, — qu’il raisonne sur la mort ou sur la vie, et ainsi de suite. Mais, sommes-nous bien sûrs qu’un vieux chien, ayant une excellente mémoire et quelque imagination, comme le prouvent ses rêves, ne réfléchisse jamais à ses anciens plaisirs à la chasse ou aux déboires qu’il a éprouvés ? Ce serait là une forme de conscience de soi. Charles Darwin
Le jour viendra où les hommes comme moi regarderont le meurtre des animaux comme ils regardent aujourd’hui le meurtre de leurs semblables. Léonard de Vinci
L’amour pour toutes les créatures vivantes est le plus noble attribut de l’homme. Charles Darwin
L’hypothèse selon laquelle les animaux n’ont pas de droits et l’illusion que la façon dont nous les traitons n’a aucune de signification morale est un exemple positivement scandaleux de la grossièreté et de la barbarie occidentale. La compassion universelle est la seule garantie de la moralité. Arthur Schopenhauer
Le devoir le plus élevé de l’homme est de soustraire les animaux à la cruauté. Emile Zola
On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on n’en a pas. Alphonse de Lamartine
Bibliographie :

- Jessica Serra « la bête en nous » – 2021
« Désormais, les scientifiques s’accordent à dire que toutes les bêtes sentientes (capables de ressentir des émotions et d’avoir des désirs) possèdent un haut niveau de conscience. La question posée par les éthologues n’est plus : « Les animaux possèdent-ils une conscience ? », mais : « De quels niveaux et de quels contenus de conscience font-ils l’expérience ? »
- La libération animale -Peter Singer : La Libération animale (Animal Liberation) est un livre du philosophe australien Peter Singer, paru en 1975. Bien que Singer ne soit pas le premier à défendre l’importance des animaux non-humains en éthique, l’ouvrage est largement considéré comme une base philosophique primordiale pour les mouvements contemporains des droits des animaux. Selon lui les intérêts des animaux sont à prendre en compte en fonction de leur capacité à ressentir la souffrance. Dans l’optique de Peter Singer, c’est la capacité à souffrir qui est moralement importante. En utilitariste conséquent, Singer soutient que la maximisation du bien-être de tous, passe par celui de tout être sensible, indépendamment de son intelligence. Le but de l’ouvrage n’est cependant pas de militer pour un traitement similaire des hommes et des non-humains, mais de changer notre façon de percevoir et de traiter ces derniers. Il ne s’agit pas de « donner le droit de vote aux cochons », mais de ne pas mépriser les intérêts, différents mais réels, des non-humains.
« Quant aux cages elles-mêmes, un citoyen ordinaire qui garderait des chiens toute leur vie dans des conditions analogues encourrait des poursuites pour cruauté. Mais un producteur de porcs qui garde de la même façon un animal dont l’intelligence est comparable se verra plutôt récompensé par un avantage fiscal ou, dans certains pays, par une subvention directe de l’Etat. »
« La vie a-t-elle une valeur ? », Francis Wolff – 2025
Dans une interview au monde des livres : Je m’efforce de livre en livre de réhabiliter l’idée, bien mal en point, de l’humanité. Ce livre est donc né d’un certain agacement devant l’importance croissante dans le débat public de la notion de « vivant », héritée indirectement des théories de [l’anthropologue] Philippe Descola et [du philosophe] Bruno Latour [1947-2022], et devenue centrale chez certains penseurs de la génération suivante, comme Vinciane Despret, Baptiste Morizot ou Emanuele Coccia.
Ces positions, qui ramènent l’humanité à son statut de vivant, et conçoivent tous les êtres vivants comme relevant d’un même type d’existence, leur attribuant ainsi la même valeur, me semblent à la fois intenables et inefficaces face à l’ampleur du désastre écologique. Je n’ai pas voulu polémiquer, mais argumenter, pour montrer, en particulier, qu’elles se contredisent, ne serait-ce que parce qu’elles recouvrent, en réalité, deux tendances différentes : l’éthique animale et l’éthique environnementale, aussi légitimes l’une que l’autre mais opposées dans leurs principes et leurs conséquences.
L’éthique animale vise l’individu : elle s’inquiète du sort de chaque animal, parmi ceux qui sont susceptibles de souffrir. Alors que l’éthique environnementale s’occupe des grands ensembles, les espèces, les populations, les biotopes. De ce point de vue global, la souffrance et la mort des animaux sont des nécessités, puisqu’elles contribuent aux grands équilibres de la planète, ce que l’éthique animale ne peut accepter.
Si nous avons besoin d’une éthique environnementale et d’une éthique animale, et s’il faut apprendre à les combiner, nous n’avons pas besoin en revanche d’une éthique du vivant, qui entraîne les deux autres dans des impasses.
Parmi les définitions possibles de la vie, l’une d’elles peut paraître, dans un premier temps, aller dans le sens des penseurs du vivant : celle qui considère que la vie est la finalité interne de tout vivant. Un vivant, qu’il soit une bactérie, une plante, un animal, ou vous et moi, cherche d’abord à vivre. Pour les penseurs du vivant, c’est le fondement de l’idée d’une communauté éthique des vivants. Toutes les vies se valent, puisqu’elles ont toutes la même finalité. Il serait donc impossible de hiérarchiser sans arbitraire.
Mais ils oublient que cette aspiration ne peut se réaliser, pour chaque espèce, qu’au détriment des autres. Le renard, pour vivre, a besoin de manger le lapin, qui a besoin de manger la laitue. Chacun cherche la même chose : ce qui lui permet de vivre. Mais tout le monde ne peut pas l’obtenir en même temps. Le prédateur se nourrit de la proie. C’est une condition absolue du vivant. Et voilà pourquoi la vie ne peut être la base d’une quelconque morale.
Une histoire animale du monde : À la recherche du vécu des animaux de l’Antiquité à nos jours – Philippe Baratay – 2025
Sous la direction d’Éric Baratay, les auteurs nous livrent une histoire. Une Histoire du vécu des animaux de l’antiquité à nos jours. L’évolution de l’homme doit beaucoup aux animaux. Cette thèse nous permet de changer notre regard, de nous retirer du centre du monde et de nous placer à côté des animaux.
Philippe Descola – Par-dela nature et culture – 2005
« Mais seul le naturalisme est véritablement anthropocentrique en ce que les non- humains y sont définis de manière tautologique par leur défaut d’humanité et que c’est dans l’homme et ses attributs que réside le parangon de la dignité morale dont les autres existants sont dépourvus. »
Nous animons des Café Philo une fois par mois à Neuilly-Plaisance.
Durée 1h30