L’émotion influence-t-elle la raison ?
Comment s’articule en nous la raison et la sensibilité ?
Comment s’articule en nous « sentir » et « penser » ?
Qu’est-ce qu’une émotion ?
Etymologie : Du latin e movere, qui veut dire « ébranler », « mettre en mouvement ». L’émotion est avant tout mouvement.
Il y a quatre émotions primaires : Peur, colère, tristesse, joie. Paul Ekman en ajoute deux : la surprise et le dégoût.
Une émotion primaire c’est très bref – c’est un mouvement du corps, en réaction à un stimulus.
Les émotions peuvent nous tromper : par exemple la colère. Si l’on se pose, si on l’examine, on peut peut-être contacter une grande tristesse. Ex : je suis en colère de ne pas avoir de nouvelles de mon enfant. Derrière, il y a la tristesse de ne pas avoir un contact, j’ai besoin de nourrir ce lien. Derrière l’émotion de ma tristesse, il y a un besoin non rempli, un désir de lien.
Une colère peut être juste et saine, mais si on l’exprime trop violemment, cela peut être destructeur pour les relations. Laissons refroidir la colère. Préparons des arguments raisonnés, raisonnables. Avec les neurosciences, on sait maintenant que la colère anime certaines aires du cerveau et inhibe le cortex préfrontal qui est un peu le siège de la raison. D’où les expressions « cela a été plus fort que moi »… En colère, la personne peut avoir beaucoup de mal à se maitriser.
Qu’en est-il des sentiments ? Pour la logique émotionnelle , c’est très important de distinguer l’émotion primaire du sentiment (puisque le sentiment est une extension dans l’esprit de l’émotion première). Pour Antonio Damasio, les sentiments sont une extension dans le temps des émotions ressenties.
Pour Fabrice Midal, ce n’est pas forcément très intéressant de distinguer émotions et sentiments. L’important, c’est : qu’est-ce que j’éprouve là maintenant ? comment je peux m’ouvrir à ma sensation, mon sentiment, à mon vécu ICI et MAINTENANT.
Les émotions secondaires
Robert Plutchik, a identifié huit émotions primaires, qu’il a regroupées en quatre paires d’opposés polaires : la joie et la tristesse, la colère et la peur, la confiance et le dégoût, et la surprise et l’anticipation.
Il a mis au point la roue des sentiments pour présenter ces émotions et leurs émotions secondaires.

Qu’est-ce que la raison ?
Le terme « raison » vient du latin ratio qui signifie « calcul ». Elle se définit comme la capacité qu’a l’Homme de formuler des jugements mais aussi de faire la différence entre le vrai et le faux, le bien et le mal. Elle s’oppose à la sensibilité, à la foi, ainsi qu’à la folie et aux passions.
Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Raison
La raison est généralement considérée comme une faculté propre de l’esprit humain dont la mise en œuvre lui permet de créer des critères de vérité et d’erreur et d’atteindre ses objectifs. Elle repose sur la capacité qu’aurait l’être humain de faire des choix en se basant sur son intelligence, ses perceptions et sa mémoire tout en faisant abstraction de ses préjugés, ses émotions ou ses pulsions. Cette faculté a donc plusieurs emplois : connaissance, éthique et technique.
Trop souvent aujourd’hui, nous confondons raison et opinion : les faits passent au second plan. Citons Nicolas Grimaldi : « s’il est peut-être vrai que nous ne connaissions que des phénomènes, il n’en est pas moins vrai que nous agissons sur la réalité elle-même. «
Qu’on le sache ou pas, nous sommes les enfants de Descartes. Descartes doute pour finalement ne plus douter. La seule chose dont je ne doute pas, c’est que je doute. Avec Descartes, on sépare le corps de l’esprit.
Spinoza lui pense que le corps et l’esprit sont une seule substance. Ce qui sera validé par les neurosciences.
Nous sommes un corps-esprit. Avec un cœur et une âme (mot peu utilisé aux 21ème siècle) : Cœur – corps – esprit – âme
L’orient n’a pas connu Descartes et a développé notamment le bouddhisme et la méditation. Ce qui donne de la solidité, c’est la méditation. Pour l’occident, il y a un retournement à faire. Face à l’accélération de nos vies, face à la perte de sens, nous sommes peut-être prêt pour ce retournement vers une autre conception des choses…
On croit qu’il faut se faire violence pour avancer. On croit qu’il faut maitriser les émotions par la raison. Il y a un arrière-plan religieux à ces pensées : l’idée que l’homme est mauvais, et aussi l’idée politique que l’homme est un loup pour l’homme. L’antidote c’est se rencontrer. Tel que l’on est. Mettre en parenthèse les jugements. Sentir, ce qu’on éprouve.
A travers les siècles, les philosophes ont beaucoup réfléchi sur ce sujet :
- Principe de raison suffisante de Leibniz : « Rien n’arrive sans qu’il y ait une cause, ou du moins une raison déterminante, c’est à dire qu’il puisse rendre raison a priori pourquoi cela est existant et pourquoi cela est ainsi plutôt que de toute autre façon. »
- Pour Kant, la raison est pure parce que c’est a priori (indépendamment de toute expérience), qu’elle fournit aussi bien les principes de la connaissance que ceux qui doivent régler l’action : elle peut donc à la fois être pure et pratique.
- La raison selon Hegel : « La raison gouverne le monde, et par conséquent, l’histoire universelle s’est elle aussi déroulée rationnellement ». Deux remarques : on comprend pourquoi Schopenhauer traitait Hegel de balourd et on voit dans cette phrase à quel point les philosophes peuvent être influencés par leurs opinions.
Rationalisme et empirisme :
Rationalisme : doctrine qui consiste à privilégier la raison comme moyen de connaissance ou d’explication de la vérité.
- Philosophes : Platon, Descartes, Leibniz, Kant.
Kant reconnait l’interdépendance de la raison et de la sensibilité, mais la raison a le pouvoir de fonder la connaissance.
Empirisme : la connaissance est fondée sur l’expérience sensible externe (sensations) et interne (les sentiments)
- Philosophe : John Locke (1632-1704)
Induction et déduction:
La déduction et l’induction sont deux méthodes de raisonnement différentes qui établissent un rapport entre les faits et la loi. Applicables à de nombreux champs de la connaissance, ce couple constitue un des dualismes qui structurent l’histoire de la philosophie en Occident.
On appelle induction le raisonnement par lequel on passe du particulier à l’universel ou, plus précisément, de la connaissance des faits à celle des lois. La déduction est le raisonnement inverse, par lequel on tire de nouvelles propositions à partir des axiomes et propriétés démontrées.
Source : wikipedia.org.
Ce que nous sommes :
Des êtres biologiques soumis à notre nature qui nous permet de sentir et de raisonner et d’agir, mais dont le libre arbitre est assez limité. Deux exemples :
Phineas Gage (1823 – 1860) est un contremaître des chemins de fer américain connu pour avoir subi un profond changement de personnalité à la suite d’un traumatisme crânien majeur, ce qui a fait de lui un cas d’école en neurologie.
À la suite d’une explosion, une barre de fer d’une longueur de 1,09 m et d’un diamètre de 3,18 cm, lui perfore le crâne, en le traversant complètement, et provoque des dommages au lobe frontal gauche de son cerveau. Malgré la gravité de la blessure, la victime survit.
Phineas Gage était jusque-là considéré comme sérieux, attentionné, sociable, fiable et ayant un bon jugement, mais cette blessure semble avoir eu des effets négatifs sur son comportement émotionnel, social et personnel, le laissant dans un état instable et asocial, constate le Dr Harlow (1819-1907) qui le soigne pendant de longs mois. S’il perd l’usage de l’œil gauche, son état physique semble ne pas avoir changé. Il ne souffre d’aucune paralysie, mais son humeur est devenu changeante, son tempérament est devenu grossier et capricieux.
Le cas de Phineas Gage est souvent cité pour montrer comment un changement sur le corps (cerveau en partie perforé dans le cas de GAGE) peut entrainer une modification de la personnalité.
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Phineas_Gage
L’homme qui ne voyait plus les couleurs. Un autre cas est cité dans le livre de Francisco Varela :
page 269 Oliver Sacks et Robert Wasserman présentent le cas d’un patient qui à la suite d’un accident devint entièrement aveugle aux couleurs, un patient qui était connu pour ses toiles abstraites particulièrement colorées.
Tout ce qu’il voyait avait un aspect détestable, sale, les nourritures lui parurent répugnante et les rapports sexuels impossibles. Il ne pouvait plus imaginer visuellement les couleurs non plus que rêver en couleur, son appréhension de la musique était également affectée.
Par la suite il sembla complètement oublié son monde de couleur : ses habitudes son comportement et ses actions changèrent au fur et à mesure qu’il devenait de plus en plus un être de la nuit. Et selon ses propres termes : « j’adore la nuit c’est un monde différent il y a plus d’espace une certaine époque j’aimais les couleurs elle me rendait heureux au début je me suis senti très atteint par leur perte à présent je ne sais même plus qu’elles existent elles ne sont même pas des fantômes » Cette description montre que la manière dont notre monde est perçu et que nous prenons généralement pour acquis est très complexe : Notre monde coloré nait de processus complexe de couplage de nos perceptions par l’oeil et du traitement de ces informations par le cerveau.
David Hume (1711-1776)
Sources :
- https://fr.wikipedia.org/wiki/David_Hume
- https://www.les-philosophes.fr/hume/traite-de-la-nature-humaine/Page-12.html
Hume prend pour point de départ de son enquête ce qu’il appelle les perceptions de l’esprit. Ces perceptions sont de deux sortes :
Les impressions : « Les perceptions qui entrent avec le plus de force et de violence, nous pouvons les nommer impressions ; et sous ce terme, je comprends toutes nos sensations, passions et émotions, telles qu’elles font leur première apparition dans l’âme. »
Les idées : « Par idées, j’entends les images affaiblies des impressions dans la pensée et le raisonnement. Telles sont, par exemple, toutes les perceptions excitées par le présent discours, à l’exception seulement de celles qui proviennent de la vue et du toucher, et à l’exception du plaisir immédiat ou du désagrément qu’il peut occasionner. »
Cette division correspond à la différence entre sentir et penser : « Chacun, de lui-même, percevra facilement la différence entre sentir et penser. »
Essais sur le bonheur: Les Quatre philosophes :
« En un mot, la vie humaine est bien plus soumise aux caprices de la fortune qu’aux règles du raisonnement : notre humeur y décide de tout , les principes généraux n’y sont rien, ou peu de chose , et l’on doit la regarder plutôt comme une folie, ou comme un passe-temps, que comme une affaire sérieuse. La remplirons-nous de soucis et d’inquiétudes ? Elle n’en vaut pas la peine. La traiterons-nous avec phlegme et indifférence ? Nous perdons tout le plaisir du jeu. Mais pendant que nous en raisonnons, la voilà qui s’envole : la mort vient, et quelque accueil qu’on lui fasse, elle met de niveau le fou et le philosophe. Réduire la vie à des lois et à des méthodes, c’est se charger d’une tâche difficile, et le plus souvent d’une tâche frivole. N’est-ce pas en un mot faire trop de cas d’une bagatelle ? Mais ceux qui s’enfoncent dans des spéculations sur cette matière et qui se donnent tant de peine pour s’en former de justes idées ne tombent-ils pas dans le même défaut ? Ils diront, pour leur excuse, que l’usage le plus amusant qu’on puisse faire de la vie, c’est d’en faire un objet de spéculation…
Traité de la nature humaine, Tome 1 :
« Quand les hommes ont une fois acquiescé à des opinions fausses, et qu’ils les ont authentiquement enregistrées dans leurs esprits, il est tout aussi impossible de leur parler intelligiblement que d’écrire lisiblement sur un papier déjà brouillé d’écriture. »
La Règle du goût : Rien n’est plus propre à adoucir l’humeur que l’étude des beautés, soit de la poésie, soit de l’éloquence, soit de la musique, soit de la peinture : cette étude donne au sentiment une certaine élégance que sans elle personne ne saurait acquérir ; ils retirent l’esprit du trouble des affaires, lui inspirent le désintéressement, répandent des charmes sur la méditation, nous font aimer la vie tranquille, et nous plongent dans cette douce mélancolie, qui de toutes les dispositions d’esprit est la plus favorable à la naissance de l’amour et l’amitié.
Pour moi, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi-même, je tombe toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaleur ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne parviens jamais, à aucun moment, à me saisir moi-même sans une perception et je ne peux jamais observer d’autre que la perception.
Pourquoi il faut lire David Hume :
David Hume et Kant :
Kant est un professeur très apprécié, il enseigne les sciences naturelles, la physique, la géographie. Il enseigne aussi la philosophie de son temps, un rationalisme hérité de Leibniz. Il a 57 ans quand il publie sa première œuvre majeure, « la critique de la raison pure » La lecture qui a marqué le tournant dans sa pensée, c’est la lecture de Hume.
Tout au long de « la Critique de la raison pure » et de son résumé, « les Prolégomènes à toute métaphysique future », Kant ne cesse de rendre hommage à son homologue écossais. Parce que Hume a su questionner le premier les limites de la métaphysique, Kant lui reconnaît le statut de pionnier de la théorie de la connaissance. Il estime que Hume l’a réveillé de son « sommeil dogmatique ».
Kant rédigera 3 critiques :
- La critique de la raison pure qui porte sur l’usage théorique de la raison et la possibilité de la science,
- La critique de la raison pratique. Sur la réflexion morale et la possibilité de la liberté humaine.
- La critique de la faculté de juger jette un pont entre les 2 premières et pose les bases de l’esthétique moderne.
De manière générale, même s’il estime que toute « notre connaissance commence par les sens », Kant accorde une prévalence aux concepts – « penser, c’est connaître par concepts » – qui conditionnent les représentations de l’intuition et synthétisent la diversité empirique, tandis que Hume s’appuie en premier lieu sur les perceptions. Contrairement à celles-ci, les concepts ont des principes intelligibles, « a priori » ou transcendantaux (non empiriques) : les catégories ou concepts purs qui sont les plus abstraits et les plus synthétiques, par opposition aux concepts tout court ou empiriques.
Le dessin :

Eléments de conclusion :
A travers les siècles, les débats entre la primauté de la raison ou celle des émotions, soit entre penser et sentir, est resté vif.
Qui domine ? Est-ce finalement si important ? Un être humain sent et pense.
J’ai besoin de mes deux jambes pour avancer, soit l’émotion, ma jambe droite, et la raison, ma jambe gauche. Ou l’inverse ?
Il y a les émotions individuelles, mais aussi les émotions collectives, et les émotions sociales (cfrs le livre d’Eva Illouz « explosante modernité)
L’émotion d’une personne A peut influencer le raisonnement d’une personne B. L’émotion de A peut influencer l’émotion de B.
La raison peut influencer l’émotion : si je résous un problème difficile, je peux ressentir une grande joie.
Finalement cette question introduit à la question « qu’est-ce qu’un être humain ? »
Est-ce que la raison existerait s’il n’y avait pas l’émotion ?
Vivre nos émotions : servons de notre corps comme une boussole : que me dit cette crispation soudaine à l’estomac ou cette chaleur qui m’envahit ? Nous passons par tellement d’état d’âme en une journée, nous avons tellement de pensées.
Les citations :
La mémoire donne l’illusion d’une identité stable qui traverse le temps. David Hume
Si vous voulez être libre de vos émotions il faut avoir la connaissance réelle, immédiate de vos émotions. Arnaud Desjardins
La musique est la langue des émotions. Emmanuel Kant
Toutes les grandes découvertes sont faites par ceux qui laissent leurs émotions devancer leurs idées. C. H. Parkhurst
L’émotion artistique cesse où l’analyse et la pensée interviennent. Max Jacob / Le cornet à dés
Le jazz est la révolte de l’émotion contre la répression. Joel A. Rogers / Le Nouveau Noir
Les êtres humains sont tous une exception à une règle qui n’existe pas. Fernando Pessoa
La dernière démarche de la raison est de reconnaitre qu’il y a une infinité de choses qui la dépassent. Blaise Pascal
Bibliographie :

Le traité de la nature humaine – David Hume (1739)
Source « L’histoire de la philosophie » Bescherelle – Hatier :
David Hume n’a que 25 ans lorsqu’il rédige ce livre. Dans cet ouvrage, Hume soumet les pouvoirs de la raison humaine à une critique radicale, mais son enquête le jette dans « une solitude désespérée ». Rien n’échappe à son scepticisme.
Certes, la raison peut démontrer des vérités, comme les vérités mathématiques, mais pour Hume, elle est incapable de prouver que le monde extérieur existe, que le soleil se lèvera demain, que notre moi n’est pas une illusion ou que les normes morales ont une justification
Dans un style limpide et en partant de questions simples (que voit on vraiment lors du choc de 2 boules de billard ?) Hume ruine la métaphysique, prive les sciences de leurs fondements rationnels et montre que nos certitudes ne sont très souvent que des croyances enracinées dans notre nature.
Ce scepticisme est néanmoins théorique et vise à montrer les limites de notre connaissance.
Dans la pratique de la vie, nous pouvons nous fier à notre nature et à notre instinct. Même si nous ne pouvons pas démontrer que la réalité extérieure existe, il reste prudent de croire que nous nous brûlerons si nous nous mettons la main dans le feu.
La puissance de ces arguments fait l’effet d’un coup de tonnerre, et Kant dira que Hume l’a réveillé. Aujourd’hui encore, les philosophes de cessent de revenir à Hume et de discuter ces doutes sceptiques.
Pour Hume, les impressions sensibles sont l’unique source de nos connaissances. Il n’est pas une seule de nos idées qu’on ne puisse faire dériver d’une sensation. Ainsi traque-t-il l’origine de nos concepts, et il s’intéresse en particulier à une idée fondamentale pour la philosophie, la science ou la vie courante, celle de causalité. Il montre qu’elle n’a son origine ni dans la raison ni dans la réalité, mais provient de l’habitude contractée par notre esprit de voir revenir les mêmes effets après les mêmes causes. Par accoutumance, nous croyons indéfectiblement dans la régularité du cours du monde. Mais pour Hume, rien ne prouve qu’une telle connexion existe effectivement dans les choses.
Le livre I, véritable critique de la connaissance dont l’influence sur la pensée moderne n’est plus à démontrer mérite aussi d’être lu pour lui-même : les certitudes attachées à notre conception du monde se laisseront-elles ébranler par les doutes du philosophe écossais ?
Ce livre manifeste la force d’un empirisme radical sans cacher les faiblesses du » système sceptique » qu’il constitue. Il nous fait rencontrer un penseur exigeant, ni psychologue ni métaphysicien, fièrement engagé dans la quête d’une assurance qu’il désespère de trouver. Chemin faisant, il révèle l’étendue de nos croyances, l’empire du passionnel et l’attente, très ordinaire, de certitudes. Voilà donc un livre qui, en dépit des apparences, ne laisse personne tranquille ; pas même, et surtout pas, son auteur…
Explosive modernité – Eva Illouz (2025)
Sociologue des émotions, Eva Illouz cherche à démontrer les relations entre nos émotions et nos sociétes. Il ne s’agit pas de guérir nos blessures psychiques, mais de voir dans quelle mesure la société nous les a infligées.Les émotions ont certes un soubassement biologique, mais elles intégrent aussi des processus sociaux fondamentaux tels que la domination, la compétition, la dépendance, la soumission, l’inégalité, l’attachement, les normes de justice. Eva Illouz s’appuie notamment sur la littérature, considérée comme un lieu d’apprentissage des émotions.
Le livre aborde les sujets suivants : focus sur notre civilisation émotionnelle, l’espérance, la déception, l’envie, la colère, la peur, la nostalgie, la honte et la fierté, la jalousie, l’amour
L’âge de la colère – Pankaj Mishra – (2017) :
L’âge de la colère, c’est une guerre civile mondiale caractérisée par deux traits majeurs : l’individualisme et le mimétisme approximatif. Il s’agit d’un mécanisme inhérent au modèle politique occidental accouché des Lumières (démocratie libérale et économie de marché).
Pankaj Mishra est né en 1969 en Inde.
Le titre de l’épilogue est » Retrouver la réalité » avec en exergue, une citation de Walden de Henry David Thoreau.
Avant-dernier paragraphe : » A présent, avec la victoire de Donald Trump (ndlr : en 2017), il est devenu impossible de nier ou de masquer la faille gigantesque, explorée à l’origine par Rousseau, entre une élite qui cueille les plus beaux fruits de la modernité tout en dédaignant les vérités anciennes, et les masses déracinées qui, se découvrant spoliées de ces mêmes fruits, se replient dans le suprémacisme culturel, le populisme et la brutalité vindicative.
Phénoménologie de la perception – Maurice Merleau Ponty – (1945)
« tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme on voudra dire, en ce sens qu’il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l’être simplement biologique, et qui en même temps ne se dérobe à la simplicité de la vie animale, ne détourne de leur sens les conduites vitales, par une sorte d’échappement et par un génie de l’équivoque qui pourraient servir à définir l’homme »
Le corps est notre moyen général d’avoir un monde.
Donc, il est indubitable que je pense. Je ne suis pas sûr qu’il y ait là un cendrier ou une pipe, mais je suis sûr que je peux voir un cendrier ou une pipe.
Ce n’est pas à l’objet physique que le corps peut être comparé, mais plutôt à l’oeuvre d’art.
L’inscription corporelle de l’esprit – Francisco Varela, Evan Thompson, Eleanor Rosch – (1993)
Pour Francisco Varela : La philosophie ne devait jamais être séparée de la pratique de la méditation ou des activités quotidiennes de la vie.
Fall, or dodge in hell – Neal Stephenson -2019 (En anglais) Ne semble pas avoir été traduit
wikipedia about Fall, or dodge in hell.
Le milliardaire Richard « Dodge » Forthrast est déclaré en état de mort cérébrale après une intervention médicale de routine. Ses proches découvrent que ses dernières volontés prévoient que son corps soit cryoconservé en vue d’une future imagerie cérébrale et d’une éventuelle résurrection. Ses souhaits sont exaucés : son cerveau congelé est soumis à une imagerie destructive et son connectome est sauvegardé numériquement.
Essais sur le bonheur: Les Quatre philosophes – David Hume
https://www.philomag.com/livres/essais-sur-le-bonheur-les-quatre-philosophes
La philosophie apprend-elle à être heureux ? À condition de suivre celle qui nous correspond, assure Hume, ici portraitiste malicieux guidant le lecteur dans un voyage à travers l’histoire de la philo. Ressemblez-vous plutôt à l’épicurien, « l’homme d’élégance et de plaisir » ? Au stoïcien, « l’homme d’action et de vertu » ? Ou au platonicien, « l’homme de la contemplation » du Juste et du Beau ? Quatrième personnage de cette galerie, le sceptique, convaincu que « tous les goûts sont différents » et qu’il ne saurait exister de recette unique pour être heureux, a les faveurs du penseur écossais – qui glisse en note ses propres conseils : « N’aspirez pas à un bonheur trop compliqué », souffle-t-il. « La santé et la bonne humeur sont les seuls vrais biens, faites-en provision et méprisez le reste. »
Nous animons des Café Philo une fois par mois à Neuilly-Plaisance.
Durée 1h30