Thème :

A-t-on besoin de la vérité ?

Ce thème traverse la philosophie à travers les siècles. Car comment être sûr d’être dans la vérité ?

Essayons de définir ce concept : La vérité c’est ce à quoi l’esprit peut et doit donner son assentiment (par suite d’un rapport de conformité avec l’objet de pensée, d’une cohérence interne de la pensée). La vérité est donc opposée  à l’erreur et à l’illusion.
La vérité c’est aussi une connaissance conforme au réel, opposée donc  à l’erreur, l’ignorance ou le mensonge.

Wikipédia définit ainsi la vérité : La vérité est un concept abstrait qui se situe à la confluence, pour l’Homme, d’une croyance en un système issu de la conscience et représentatif de réalité, et de l’emploi du langage correspondant à cette vérité à laquelle s’applique le symbolisme phonétique.

C’est une définition qui permet de poser de bonnes questions : 

  • La vérité doit être représentative de la réalité mais, en même temps, ce n’est pas le réel. La réalité est indépendante de l’homme.
  • La vérité est un concept humain, qui a besoin du langage.

La vérité est donc toujours de l’ordre du langage ou de la représentation.

Deux grands types de vérité : 

Une vérité scientifique établie sur des faits. Sachant qu’une vérité scientifique n’est vraie que jusqu’à ce que une nouvelle vérité apparaisse et remplace la précédente. C’est le sens du progrès de la science.

Une vérité plus humaine. Basée sur les valeurs, les croyances, et donc plus subjective, dépendant de l’environnement culturel de chacun(e). Donc une vérité non universelle ? Peut-on se mettre d’accord sur des points de vérité universelle ?

D’un côté, la science  « dure » (basée sur des faits mesurables) , de l’autre les sciences « molles », car humaine et basée sur des représentations, voire des ressentis.

Les grands courants philosophiques sur la vérité :

Les philosophes ont bien phosphoré sur ce sujet (majeur) à travers les siècles !

Platon s’oppose fondamentalement aux sophistes, leur reprochant de promouvoir une conception relativiste de la vérité (cf Protagoras et sa fameuse devise : « l’homme est la mesure de toutes choses ») dans le but de manipuler le langage, la sophistique étant l’art de convaincre et de plaire. Contre cet usage du langage, Platon pose la question du « discours vrai », ce qui le conduit à formuler sa théorie des Idées, censées contenir toute vérité intelligible: les Idées (ou formes =eidos) sont des réalités parfaites, éternelles et immuables, dont les objets sensibles ne sont que des copies imparfaites. Pour trouver la vérité notre esprit doit donc se détourner de l’étude du réel sensible (allégorie de la caverne) pour se tourner vers ce réel seulement intelligible.

L’idée est intéressante, mais s’éloigner du réel pour trouver la vérité, c’est une idée quelque peu étrange. On peut la dire « pas vraie »

Heureusement, Aristote se sépare de son maître Platon. L’essentiel de sa critique se trouve dans Métaphysique I, 9; XIII et XIV. Pour lui, l’idée (ou forme) étant l’essence d’une chose ne peut être séparée de cette chose : « Comment donc les Idées qui sont substance des choses, seraient-elles séparées des choses ? »

Pour trouver la vérité, il faut donc étudier le monde sensible, dans le but de découvrir les causes des phénomènes car « connaître, c’est connaître les causes ». C’est ainsi par exemple qu’Aristote a décrit des centaines d’animaux : il ne perdait jamais une occasion d’aller observer les poissons  dans l’île de Lesbos; ou encore il s’est attaché à décrire les diverses constitutions des cités grecques. La théorie aristotélicienne de la causalité distinguera quatre causes : la cause matérielle, la cause motrice, la cause finale et la cause formelle, qui désigne l’essence ou ce que Platon appelait « Idée ».

Pour trouver les causes, il faut non seulement étudier les phénomènes, mais aussi savoir raisonner pour ordonner les éléments recueillis par l’observation. La connaissance scientifique suppose la démonstration. C’est pourquoi Aristote consacrera de nombreux traités à l’étude de la logique de la pensée et du discours (logos, « parole », « discours », « raison »), traités qui seront regroupés plusieurs siècles plus tard sous le titre « d’Organon » c’est-à-dire « instrument, outil » (de la science).

Augustin d’Hippone, philosophe et théologien chrétien (IVème siècle) , conçoit la vérité comme l’expérience ultime de la vie spirituelle. Il aborde le rapport de l’homme à la vérité à travers la question de l’enseignement du dogme et de sa compréhension. Pour lui, il n’y a pas de « communication horizontale » entre les hommes. Le dialogue se joue non pas à deux, mais à trois. Toute communication authentique est « triangulaire » : toi, moi, et la Vérité qui nous transcende tous les deux, et dont nous sommes, toi et moi, les « condisciples ».

Au XVIe siècle, Montaigne a repris et prolongé la pensée de Pyrrhon dans les Essais, notamment au chapitre « Apologie de Raymond Sebond » : selon lui, ni les sens ni la raison ne nous permettent d’atteindre la vérité. D’où sa fameuse devise :  » Que sais-je » gravée en 1576 sur une médaille, avec l’image d’une balance en équilibre.

Au XVIIIe siècle, David Hume va critiquer la métaphysique en montrant l’inaptitude de l’homme à atteindre la vérité absolue. Il défendra un scepticisme mitigé « consistant à limiter nos recherches à des sujets qui sont mieux adaptés à l’étroite capacité de l’entendement humain ».

Descartes va définir une méthode pour guider le jugement (4ème méditation des Méditations métaphysiques, intitulée : de la vérité et de l’erreur). Descartes distingue l’action de deux facultés : l’entendement qui nous permet de saisir des idées, (l’idée de l’homme, l’idée de Dieu), et la volonté qui nous permet d’affirmer ou de nier quelque chose à propos de ces idées (l’affirmation que Dieu a créé l’homme). Le problème vient selon Descartes de ce que notre entendement est limité (nous avons des idées plus ou moins claires) alors que notre volonté est infinie (rien ne limite notre pouvoir de choisir), ce qui nous amène à affirmer des choses que nous ne comprenons pas vraiment. Si nous appliquons la méthode, nous ne donnerons notre assentiment qu’aux idées évidentes, claires et distinctes, après un examen soigneux qui exclut toute précipitation et prévention, et nous ne tomberons jamais dans l’erreur.

Gottfried Wilhelm Leibniz :  « Descartes a logé la vérité à l’hostellerie de l’évidence, mais il a oublié de nous en donner l’adresse ».

Emmanuel Kant : la connaissance doit unir un concept et une intuition sensible : « un concept sans intuition est vide, une intuition sans concept est aveugle ». Kant distingue les phénomènes et les noumènes : le phénomène est l’objet perçu et structuré par les cadres a priori de notre esprit, sensibilité et entendement; le noumène est la chose en soi, la réalité extérieure à notre esprit et donc inconnaissable. Or la vérité scientifique ne porte que sur les phénomènes; elle ne reflète donc pas la réalité telle qu’elle est en elle-même, mais telle qu’elle est pour nous. « nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-même ».

Au XIXème siècle, Nietzsche remet en cause le concept de vérité. Ecouter le podcast de France Culture

Michel Foucault, dans ses cours au Collège de France, avait coutume de dire que la vérité n’est ni absolue, ni stable, ni univoque : « La vérité a une histoire qui en occident se divise en deux périodes: l’âge de la vérité-foudre et celui de la vérité-ciel ». La vérité-foudre est celle qui est dévoilée, révélée,  à une date précise, sur un lieu déterminé et par une personne élue des dieux comme l’oracle de Delphes, les prophètes bibliques ou encore aujourd’hui le pape catholique parlant « ex cathedra ». Ce premier âge dure depuis des millénaires et a suscité des lignées de zélateurs,  et inlassables bâtisseurs d’inquisitions. La vérité-ciel est en revanche établie pour tous, toujours et partout : c’est celle de la science, de Copernic, de Newton et d’Einstein. Ce second âge, fondé sur la raison scientifique, commence pour ainsi dire au XVIIIe siècle mais possède également ses « grands prêtres ».
Michel Foucault n’excluait pas qu’un jour ces derniers n’en viennent à défendre leur propre vision des choses et leurs prérogatives en ayant recours à des arguments peu différents de ceux avancés en des époques antérieures.

Logique cartésienne et logiques orientales (Le tétralemme)

Nous occidentaux, sommes cartésiens, que nous le sachions ou non, que nous le voulions ou pas. Une proposition est vrai ou fausse. C’est noir ou blanc, nous avons du mal à voir le passage d’un état à l’autre. Or  comme le symbolisme Yin et Yang le montre, les états se modifient progressivement : on passe doucement du jour à la nuit et de la nuit au jour, de l’été à l’automne, puis à l’hiver.

Nous croyons trop souvent qu’un évènement est une rupture radicale, brutale avec le passé sans voir le cheminement progressif et régulier du changement en marche.

Pour Aristote, il n’y a que deux propositions possibles : c’est vrai ou c’est faux.

Le tétralemme définit, dans le cadre des philosophies orientales, quatre possibilités de vérité pour une proposition :

Tétralemme : Quatre propositions :

  • vrai,
  • faux,
  • vrai et faux,
  • ni vrai ni faux

Ou autre manière de le dire :

  • Etre,
  • non-être,
  • ni être ni non-être,
  • être et non-être

En savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tétralemme_(philosophies_orientales)

Le dessin

 

La post-vérité

La post-vérite, c’est l’ère du ressenti. C’est croire qu’un ressenti dit vrai. C’est aussi oublier le réel. C’est croire qu’on peut tout dire et que toutes les paroles, opinions se valent.

Michel Foucault remarque qu’il y a une contradiction entre « Dire vrai » et la démocratie. Le 1er amendement de la constitution américaine donne un droit d’expression complètement  libre. 1eramendement_de_la_Constitution_des_Etats-Unis

Le premier amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique fait partie des dix amendements ratifiés en 1791 et connus collectivement comme la Déclaration des Droits (Bill of Rights). Il interdit au Congrès des États-Unis d’adopter des lois limitant la liberté de religion et d’expression, la liberté de la presse ou le droit à « s’assembler pacifiquement ».

« Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof; or abridging the freedom of speech, or of the press; or the right of the people peaceably to assemble, and to petition the Government for a redress of grievances. » « Le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice ; ou pour limiter la liberté d’expression, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement ou d’adresser au Gouvernement des pétitions pour obtenir réparations des torts subis. »

François Noudelmann : “L’inédit dans la campagne présidentielle américaine de 2024, c’est le décrochage complet à l’égard du réel. Même le public de Trump sait que ses déclarations sont fausses : ses mensonges sont assumés, pensés pour attirer l’attention sur des choses supposées vraies”. Les phrases du candidat n’ont plus de relation avec le réel, elles ne visent qu’à manipuler les émotions, les peurs et les haines. On est par-delà le vrai et le faux.

françois Noudelman explique également ce passage à notre ère de post vérité, par une déconstruction de la vérité avec l’évolution de la pensée de certains philosophes :

« Dans mon livre « Peux-t-on encore sauver la vérité » , je reviens en arrière pour comprendre comment s’est opérée la disqualification de la vérité objective qui se manifeste en Europe et en Amérique du Nord depuis une cinquantaine d’années. J’analyse notamment ce qu’on appelle le nietzschéisme français, qui a eu son moment de gloire dans les années 70. Des philosophes comme Michel Foucault, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Jean-Luc Nancy ou Sarah Kofman ont repris la critique de Nietzsche envers la notion de vérité, qu’on a fini par considérer comme une vieille lune. Je précise que ces auteurs m’ont formé et que j’ai pour eux la plus grande admiration. Le problème, c’est qu’un nietzschéisme facile s’est répandu, qui consiste à dire qu’« il n’y a pas de faits, rien que des interprétations ». On croit que Nietzsche est relativiste, ce qu’il n’est absolument pas : pour lui, il ne s’agit pas de se dire « à chacun sa vérité » et de croire que je peux interpréter les choses comme je le veux. L’interprétation n’est pas subjective. Du côté américain, la disqualification de la vérité apparaît avec l’évolution du pragmatisme. Si Charles Sanders Peirce (1839-1914) considérait qu’une assertion devait correspondre à des faits réels, il s’opère chez William James et John Dewey un glissement progressif avec la notion de « warranted assertibility » (« l’assertibilité fondée ») : le fait que j’emploie un langage commun compréhensible par les autres nous permet de déterminer ensemble ce qui est vrai ou non. Enfin, le pragmatiste Richard Rorty (1931-2007) affirme qu’il faut se passer complètement des notions de fait et de vérité : on atteint là un niveau où la seule garantie de la vérité est qu’on s’entende sur les mots. Au bout du compte, si d’autres que moi disent que la Terre est plate, ce n’est pas vrai, mais c’est admissible. »

Eléments de conclusion : 

Plus que jamais, nous avons besoin d’en revenir aux faits au lieu de nous éloigner du réel et de croire que toute parole se vaut, de croire que nos ressentis ont toujours raison.  Face à la post-vérité, aux faits alternatifs, nous avons besoin de rigueur, d’ouverture, d’écoute.

Plus que jamais, nous avons besoin de valeurs partagées. Comment faire société sans une vérité  partagée ?

Nous avons des atouts pour éviter les manipulations des pouvoirs ou des réseaux sociaux. Déjà en travaillant nos mémoires. Le podcast de France Culture sur « Comment l’extrême centre a mis l’extrême droite au pouvoir (en Allemagne, en 1933) montre les analogies avec la période actuelle et peut (doit?)   nous faire réfléchir et  réagir. 

Terminons par François Noudelmann à qui on posait cette question : Comment lutter contre ce désintérêt généralisé envers la quête de la vérité ?
« Je n’ai pas de recettes pour en sortir, malheureusement. Je constate néanmoins qu’il y a certaines passions favorables à la vérité. Ma démarche n’est pas celle d’un rationaliste qui appellerait à revenir à la raison abstraite et universelle, que je considère comme un mythe : la raison est toujours soutenue aussi par la passion. C’est donc dans la passion, et notamment dans l’indignation face au mensonge, qu’on peut trouver une ressource pour le rétablissement de la vérité. Le réel n’est ni vrai ni faux ; « il est », et c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais lorsque ce réel est nié, on réagit – ce qui fait alors surgir la notion de vérité. C’est pourquoi je dis qu’il y a d’abord le mensonge et ensuite la vérité : il n’y a pas une vérité qui serait ensuite contredite par un mensonge ; c’est le contraire. Cela dit, la révolte n’est pas suffisante. Il y a certes des passions qui font accroître notre connaissance, mais d’autres qui nous illusionnent, qui nous enferment dans le ressentiment, comme le montre Spinoza. Il faut donc aussi pratiquer le doute, et particulièrement à l’égard de nous-mêmes. Le plus puissant des mensonges, c’est celui qu’on se fait à soi-même.
Enfin, il faut revenir à l’enquête : la vérité ne descend pas du ciel, elle est établie par les uns et les autres. On ne possède pas la vérité, on la trouve et on la gagne en enquêtant. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Albert Camus s’adressait à Sartre et Koestler en leur disant qu’il était temps d’affirmer, malgré l’absurdité du monde, des vérités partageables après tant d’années de mensonges assassins. Il me semble qu’il est aujourd’hui urgent, face à la victoire de Trump et au danger de voir sombrer les démocraties libérales, de lancer la même alerte et de rappeler la nécessité de notions qui ont semblé périmées ces cinquante dernières années, tels que les faits et la vérité objective. »

Les citations :

  • L’illusion est la première apparence de la vérité. Rabindranàth Tagore
  • La vérité est dans l’imaginaire. Ionesco
  • La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité.  Pablo Neruda / Fin du monde
  • A chacun sa vérité. Luigi Pirandello
  • Celui qui dit la vérité est toujours insupportable.  Roger Fournier / Moi, mon corps, mon âme, Montréal etc…
  • Nous ne connaissons pas le vrai si nous ignorons les causes. Aristote
  • La sincérité n’est pas la vérité. La conviction n’est pas la démonstration. Édouard Philippe
  • L’ennemi de la vérité, ce ne sont pas les mensonges, ce sont les convictions. Friedrich Nietzsche
  • La croyance aveugle en l’autorité est le plus grand ennemi de la vérité. Albert Einstein
  • Tout le monde ment. Bien mentir voilà ce qu’il faut. Albert Camus – Les justes

Bibliographie : 

Peut-on encore sauver la vérité ?  François Noudelmann – 2024

Notre ère supposée de post vérité semble accomplir le souhait nietzschéen d’un monde affranchi de la pesanteur des arrières mondes et de la vérité en surplomb. Il ne reste que des masques et derrière eux encore d’autres masques sans qu’on puisse atteindre un fond de certitude. Trump peut vanter les mérites de l’eau de javel pour soigner le COVID et se moquer d’ANTHONY Fauci, immunologiste réputé, son conseiller à la politique de santé. Devant le tollé provoqué, le Bonimenteur explique que c’était pour rire.

Cependant, on oublierait facilement, dans cet univers de la parole déréalisée, que le réel n’a pas disparu et qu’il se rappelle aux consciences tel un retour du refoulé. On peut affirmer, comme baudrillard en 1991, que la guerre du Golfe n’a pas eu lieu, si l’on reste devant son écran, à goûter la saveur aphrodisiaque de la multiplication du faux, sauf à être un irakien pour qui les bombardements n’ont pas été des jeux vidéo.Ce serait vite oublié que les affabulateurs ne mentent pas en toute innocence et que la dilution de la vérité a des effets politiques.
En 2020. Trump en dénonçant une fraude électorale a conduit à une tentative de coup d’État. Bien que les accusations de faux résultats aient été démenties par les instances légales, cette vérité alternative est encore crue par une grande partie de l’opinion américaine.

Pour répondre aux « alternatives facts », ni l’invocation d’une intelligence commune, ni le retour au positivisme des faits ne peuvent suffire tant ils ont été mis en question.

En bref, comment en est-on arrivé là ?

L’accès au savoir et à l’information n’est plus garanti par des autorités instituées. Dès l’invention de l’imprimerie, il s’est produit un élargissement des publics et une modification des savoirs eux-mêmes. Chaque démocratisation a provoqué des réactions hostiles de la part des détenteurs patentés de la connaissance.

Les questions de l’autorité de la vérification ont pris un tour panique avec l’application d’intelligence artificielle chatgpt. La possibilité de laisser la main aux algorithmes pour collecter des savoirs et les synthétiser a mis en cause a remis en cause la nécessité d’un sujet humain qui puisse valider les contenus. Il n’est plus besoin d’auteur ni de contributeurs pour savoir ce qui s’est passé en 1492, connaître la pensée de Spinoza ou découvrir la physique quantique.
Les réseaux sociaux, lorsqu’ils font circuler des informations, ne disent pas LA vérité, mais ils en fournissent des témoignages. Les réseaux sont devenus les plus grands vecteurs de la désinformation, diffusant les « infox » et relayant des mensonges à grande échelle.

 

La faiblesse du vrai – Myriam Revault d’Allones – 2018

Si les sociétés démocratiques aujourd’hui (ou ce qu’il en reste) ne sont pas tant menacées par le caractère totalisant de la contrainte idéologique que par le risque d’une indifférenciation généralisée des croyances, des pratiques et des expériences, reste que le « monde » fictif qui se dessine avec l’émergence de la post-vérité travaille à la ruine de la faculté de juger, cette faculté qui nous permet à la fois de différencier et d’organiser le réel et de configurer le « commun » en partageant nos expériences sensibles.

La force du vrai, ce n’est pas seulement, comme le pensait Michel Foucault, la force des liens par lesquels les hommes s’enchaînent eux-même au pouvoir de la vérité, c’est d’abord le surplus de sens de l’expérience vive, la faculté de déranger le réel pour le rejoindre autrement. En d’autres termes, la condition que le monde soit habitable et qu’il ne se transforme pas en un désert auquel nous serions condamnés à nous adapter.

 

 L’art de ne pas dire – Clément Viktorovitch

Dans la continuité de son livre « Le Pouvoir Rhétorique », Clément Viktorovitch, docteur en science politique,  apparaît pour la première fois au théâtre dans une fiction grinçante. : Il y incarne le conseiller en communication du Président de la République qui, après avoir été brutalement évincé, cherche à se venger. Son arme ? Une conférence, dans laquelle il décide de dévoiler tous les secrets qu’ils ont utilisés pour conquérir le pouvoir. Lui qui n’a plus rien à perdre, décide de tout détruire. Au fil de sa démonstration, toutefois, cet homme rongé par le rejet en vient à s’interroger. Et si l’art qu’il a pratiqué n’avait finalement rien d’anodin ? Au fil des dissimulations et des manipulations, ce qui a été perverti, ne serait-ce pas, en réalité, le sens même de la démocratie ?

Suivre Clément : https://www.youtube.com/@Clemovitch

 

 Résister – Salomé Sacqué – 2024

L’extrême droite est aux portes du pouvoir. Dans les urnes comme dans les esprits, ses thèmes, son narratif et son vocabulaire s’imposent. Il est encore temps d’inverser cette tendance, à condition de comprendre les rouages de cette progression et de réagir rapidement 

« S’engager dans la vie associative, notamment dans des associations à but altruiste, n’est pas seulement un acte de solidarité : c’est aussi une forme de résistance active contre les dérives, qui protège et renforce le socle démocratique de la société. »

« Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n ‘étais pas communiste.
Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »

« La joie n’est pas une faiblesse, c’est un acte de résistance. »

Indignez-vous – Stéphane Hessel – 2010

 » On nous dit que l’État ne peut plus assurer les coûts de ces mesures citoyennes. Mais comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée? Sinon parce que le pouvoir de l’argent, tellement combattu par la Résistance, n’a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l’État. Les banques désormais privatisées se montrent d’abord soucieuses de leurs dividendes, et des très hauts salaires de leurs dirigeants, pas de l’intérêt général. L’écart entre les plus pauvres et les plus riches n’a jamais été aussi important; et la course à l’argent, la compétition, autant encouragée. »

Les ingénieurs du chaos – Giulano Di Empoli – 2019

« Le carnaval, disait Goethe en parcourant les rues de Rome, est une fête que le peuple se donne à lui-même. » Un peu partout, en Europe et ailleurs, la montée des populismes se présente sous la forme d’une danse effrénée qui renverse toutes les règles établies et les transforme en leur contraire.
Aux yeux de leurs électeurs, les défauts des leaders populistes se muent en qualités. Leur inexpérience est la preuve qu’ils n’appartiennent pas au cercle corrompu des élites et leur incompétence, le gage de leur authenticité. Les tensions qu’ils produisent au niveau international sont l’illustration de leur indépendance et les fake news, qui jalonnent leur propagande, la marque de leur liberté de penser.
Dans le monde de Donald Trump, de Boris Johnson et de Matteo Salvini, chaque jour porte sa gaffe, sa polémique, son coup d’éclat. Pourtant, derrière les apparences débridées du carnaval populiste, se cache le travail acharné de dizaines de spin-doctors, d’idéologues et, de plus en plus souvent, de scientifiques et d’experts du Big Data, sans lesquels ces leaders populistes ne seraient jamais parvenus au pouvoir.
Ce sont les ingénieurs du chaos.

Nous animons des Café Philo une fois par mois à Neuilly-Plaisance.

Durée 1h30

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