Qu’est-ce que l’amour ?
L’amour
L’amour désigne un fort attachement affectif à quelqu’un ou à quelque chose.
Le français utilise le même verbe pour exprimer ce que d’autres langues expriment par des verbes différents : « j’aime ma femme » et « j’aime les sucreries » par exemple (alors qu’en anglais, on dira respectivement « to love » et « to like » et, en espagnol, « querer » ou « amar » et « gustar »).
L’amour est aussi une sensation interne.
En Grèce antique, le terme amour recouvre quatre sentiments : l’éros, la philia, l’agapè et la storgê.
La storgê est l’amour entre parent et enfant, particulièrement l’amour mère-enfant.
La philia se rapproche de l’amitié telle qu’on l’entend aujourd’hui, c’est une forte estime réciproque entre deux personnes de statuts sociaux proches, qui mène aussi à l’entraide. Elle ne pouvait exister à l’époque qu’entre deux personnes du même sexe, du fait de l’inégalité entre les sexes.
L’agapé est l’amour du prochain proche de l’altruisme aujourd’hui, le don désintéressé. Il se caractérise par sa spontanéité, ce n’est pas un acte réfléchi ou une forme de politesse, mais une réelle empathie pour les autres qu’ils soient inconnus ou intimes. Dans la tradition chrétienne des pères de l’Église, ce mot est assimilé au concept de charité, bien que celui-ci soit plus proche d’une relation matérielle établie avec des personnes en souffrance. L’agapè originelle ne revêt pas cette connotation morale de responsabilité devant une autorité divine.
L’éros, lui, est l’amour au sens d’être amoureux, l’amour des poètes pour ainsi dire. Cet amour est parfois romantique ou passionné, et s’accompagne presque toujours de désir sexuel. Dans la pensée platonicienne, il est parfois vu comme l’une des passions néfastes que produit l’épithumia (ou « appétit »), mais aussi comme une « divine folie » qui est « la cause des plus grands biens pour les hommes ».
Il y a aussi la philautia, concept de philosophie grecque qui désigne l’amour de soi, ou la compassion de soi. L’amour de soi ou « le souci de son propre bonheur ou avantage » a été conceptualisé à la fois comme une nécessité humaine fondamentale et comme un défaut moral, apparenté à la vanité et à l’égoïsme. Les Grecs de l’Antiquité pensaient que s’aimer soi-même signifiait avoir une plus grande capacité pour aimer les autres.
Platon distingue deux types d’éros : l’éros vulgaire, fils de l’Aphrodite vulgaire, qui pousse « les hommes à la légèreté et au libertinage », et l’éros céleste, né de l’Aphrodite céleste, qui est la voie permettant le passage du sensible au suprasensible, du monde inférieur au monde supérieur, du monde matériel au monde des idées. Ce passage s’effectue toujours dans le même sens : du bas vers le haut, puisque le monde des idées ne peut agir sur celui des sens.
Schopenhauer avance que l’amour n’est qu’une illusion du Vouloir-Vivre (l’essence de toute chose selon lui) qui est défini comme le désir inconditionnel d’une espèce de subsister et de se perpétuer elle-même à travers la reproduction. Schopenhauer déclare d’ailleurs au sujet de l’amour : « L’amour n’est qu’un piège tendu à l’individu pour perpétuer l’espèce ».
Pour répondre à la question : « l’homme est-il à la source de l’amour qu’il vit ou l’amour est-il un concept naturel qui s’impose à l’homme ? », le philosophe Baruch Spinoza définit ainsi que : « L’amour n’est autre chose que la joie, accompagnée de l’idée d’une cause extérieure ; (…) Nous voyons également que celui qui aime s’efforce nécessairement de se rendre présent et de conserver la chose qu’il aime ».
L’amour et la haine
Sigmund Freud nomme « éros » la pulsion de vie qu habite chaque être humain, pulsion d’association et de construction . Il l’oppose à la pulsion de mort, ou pulsion de destruction et de mort « thanatos ». Ces deux pulsions fondamentales ne peuvent être pensées séparément, elles œuvrent toujours ensemble, en une sorte d’amalgame, et sont indissociables.
Empédocle imaginait l’amour et la haine comme les deux forces originaires de l’être. L’amour, pour lui, est le contraire de la haine qui sépare. L’idée d’unité, voire de fusion, sous-tend sa notion d’amour. Dans la même veine, Aristophane, dans le Banquet de Platon, imagine l’amour comme une aspiration à l’unité originelle.
L’amour et la haine sont des sentiments à la fois très éloignés, et en même temps très proches. Nous pouvons observer le renversement de l’amour passé en haine profonde à l’égard de celui ou celle qui partageait autrefois notre vie. Dans la vie quotidienne, ces deux sentiments se croisent et coexistent dans chacune de nos paroles et de nos actes.
Nous ressentons tous par moments des sentiments contradictoires pour une même personne, par exemple, ressentir une profonde colère pour une personne que nous aimons. C’est ce que l’on appelle l’ambivalence des sentiments. L’agressivité s’infiltre au côté de l’amour, que ce soit par l’ironie, la moquerie, la condescendance…
L’amour nous prend sans qu’on y consente : tomber amoureux est involontaire, et la chute fait parfois mal. Et que de dire de l’amour des parents qui peut être écrasant ? On suffoque, on n’en peut plus, on aimerait respirer, avoir quartier libre, ne pas avoir quelqu’un sur le dos et qui veut sans cesse notre bien.
« Je n’aimais pas encore, et j’aimais à aimer »dit Saint-Augustin dans Les Confessions. Cet amour de l’amour constitue notre romantisme occidental. Le séducteur – dont la figure éternelle reste Don Juan – est avant tout un amoureux de l’amour. Il n’aime pas vraiment, mais il aime aimer, et sans doute plus encore, il aime être aimé. Il aime s’aimer.
L’amour, un sentiment ambivalent ?
L’approche religieuse et spirituelle
Une des principales lois du judaïsme figure dans le Deutéronome, qui dicte d’aimer l’Éternel « de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces ».
Le christianisme « se définit comme religion du Verbe incarné et de l’amour révélé ». La révélation chrétienne tient en ceci : « Dieu est Amour » et rien d’autre. Cet énoncé constitue le cœur du discours chrétien sur Dieu : « Dieu interprété comme amour ; en cela consiste l’idée chrétienne ».
Selon Laurent Gagnebin, philosophe et théologien protestant, « dans les religions en général, [Dieu] commence avant tout par être compris comme un Dieu terrifiant, redoutable, très éloigné du Dieu d’amour révélé par Jésus-Christ et qui caractérise aujourd’hui encore tout le christianisme. »
L’amour c’est aussi la charité, la foi et l’espérance.
Dans les bouddhismes Mahayana et Vajrayana, l’Amour est l’une des quatre qualités d’être que le pratiquant doit développer, l’un des « Quatre Infinis » ou « Quatre Incommensurables » : l’amour, la compassion, la joie et l’équanimité.
Dans le bouddhisme ancien, selon l’enseignement du Bouddha, cette vision de l’amour n’apparaît pas. Le Bouddha insiste surtout sur le détachement qui conduit à la suppression du « désir » (Taṇhā), et donc au bonheur durable (cessation de la souffrance, nirvana). Ce n’est qu’entre les Ier et IVe siècles apr. J.-C. qu’émergera le bouddhisme Mahayana pour lequel l’action de compassion et d’amour envers l’autre prime sur l’ascèse.
Pour les bouddhismes issus des développements du Mahayana et du Vajrayana, amour, joie et compassion ne sont pas des émotions, mais de véritables qualités d’êtres. Les émotions telles la colère, la jalousie, la peur, l’avidité, l’orgueil, passion, ne sauraient durer, elles sont passagères et proviennent de l’attachement et du désir. Au contraire, l’amour, la joie et la compassion peuvent se développer infiniment et sans être nécessairement dépendantes d’un objet ou de la présence d’un être. Le pratiquant peut les porter en lui, les développer infiniment et au-delà de tout attachement.
Le dessin
L’approche biologique
La vie et le comportement sexuels des êtres humains présentent de nombreux points communs avec ceux des primates, et plus généralement avec l’ensemble des mammifères. L’observation des grands singes suggère que l’amour chez l’homme ne serait qu’une forme culturellement complexifiée d’un phénomène existant déjà chez ces animaux.
Chez l’humain, l’attachement « romantique » met notamment en jeu certaines structures impliquées dans le système de récompense. Des psychiatres et chercheurs en psychologie comparent les effets de la passion amoureuse et du plaisir qu’elle procure, avec ceux d’une drogue comme l’alcool, pouvant générer une « dépendance » ou « addiction » à la personne « aimée », et conduire à des états de « manque » lorsqu’elle est inaccessible. Différents composés chimiques sont évoqués dans les processus d’attirance, d’attachement, et de sexualité, tels que la phényléthylamine, la dopamine, les endorphines, et l’ocytocine.
Lors des premiers émois amoureux, c’est l’amour passion qui se met en place. Cet état « illusoire » qui permet de ne pas voir les défauts de l’autre et de créer rapidement une intimité, est en réalité sous l’influence de l’ocytocine, une hormone très importante dans le désir sexuel et le sentiment d’attachement.
Pour les scientifiques, c’est cette hormone qui permettait de favoriser la reproduction chez nos lointains ancêtres. En effet, 3 ans serait la durée suffisante pour concevoir un enfant, puis l’allaiter avec l’aide du père.
Une fois que l’amour passion et le sentiment d’illusion disparaissent, deux issues s’offrent au couple : la rupture ou l’amour véritable. Faire durer une histoire d’amour demande donc des efforts conscients au-delà des 3 premières années.
Selon Lucy Vincent, neurobiologiste et autrice du livre « Le cerveau des amoureux », l’amour-passion a une durée bien définie : « Les chercheurs qui ont longuement étudié la question disent que ça dure en moyenne 18 mois à 3 ans ». Le cerveau amoureux est programmé pour décroître une fois la phase de fusion dépassée. Et le passage à vide qui suit est mal interprété : « Quand cette passion s’arrête, la plus des gens disent « mince, je me suis trompé, ce n’est pas le bon ou la bonne » or c’est une phase à traverser ». Après le feu d’artifice, place à l’attachement : le cerveau amoureux s’adapte. Des chercheurs de l’Université de Stony Brook (États-Unis) ont étudié 17 couples mariés depuis plus de 20 ans et ont trouvé que certains circuits cérébraux activés au début de l’amour (comme le VTA, centre de la dopamine) restaient mobilisés… des décennies plus tard. Conclusion ? L’amour peut durer, à condition qu’il se transforme.
Selon une étude publiée dans Psychoneuroendocrinology, les couples qui libèrent régulièrement de l’ocytocine (par les câlins, les rapports, les marques de tendresse) présentent un meilleur système immunitaire, guérissent plus vite, sont moins sujets à l’anxiété et aux troubles dépressifs. Etre amoureux à long terme est littéralement bon pour la santé.
Le banquet de Platon
Ce dialogue met en scène 8 personnages et traite de l’amour. Il s’agit de prononcer le plus bel éloge possible de l’amour.
Phèdre commence. Pour lui, le plus grand bien pour un homme est d’avoir un amant. L’amour est le meilleur guide dans l’existence, car il nous fait fuir les actions laides et n’accomplir que de belles actions. Pour Pausanias, le problème est mal posé. On lui demande de chanter l’amour comme s’il était une seule et même chose, alors qu’il y a plusieurs types d’amour. Il faut chercher quel type d’amour est digne d’éloge. Pausanias fait l’éloge de l’« Aphrodite céleste », qui se pratique entre hommes, qui est amour à la fois du corps et de l’esprit, par opposition à l’« Aphrodite populaire », qui se pratique entre personnes de sexes opposés dans un but simplement sexuel.
Après ce discours, Eryximaque annonce qu’il va considérer l’amour d’un point de vue beaucoup plus général. Celui-ci ne concerne pas seulement l’homme, mais caractérise les rapports de tous les êtres, animés aussi bien qu’inanimés. De même, la musique cherche l’harmonie (par exemple, entre l’aigu et le grave) ; la musique est donc un genre d’amour : La musique est aussi, pour l’harmonie et le rythme, une science des mouvements amoureux.
Aristophane se penche pour sa part sur l’origine de l’amour : d’où vient que l’on aime ? D’où vient ce sentiment qui nous pousse à nous unir à quelqu’un d’autre ? Il utilise pour répondre à cette question un mythe, resté célèbre sous le nom de « mythe d’Aristophane ».
A l’origine, les hommes étaient androgynes : ils étaient à la fois homme et femme. Ils avaient la forme d’une sphère, qui se déplaçait par culbute, en roulant sur elle-même. Leur ambition les amena à vouloir devenir l’égal des dieux. Zeus les punit de leur témérité non pas en les tuant, mais en les affaiblissant : il coupa chacun d’eux en deux moitiés, l’une mâle et l’autre femelle. Mais chacun, regrettant l’unité originelle, cherchait sa moitié et voulait la rejoindre. De là cette définition de l’amour : Rassembleur de notre ancienne nature, il essaie de faire de deux êtres un seul et de guérir la nature humaine. C’est ce mythe qui a engendré la conception de l’amour comme recherche de sa moitié ou comme le désir de ne faire plus qu’un : Lorsque quelqu’un rencontre la parfaite moitié de lui-même, ils en sont tout ébaubis, frappés d’un sentiment d’amitié et d’amour.
Puis Agathon dépeint l’Amour comme le plus beau des Dieux, fuyant la vieillesse et désirant la jeunesse et la beauté.
Socrate prend la parole et interroge en même temps ce qui a été dit par chacun : l’amour (Eros) n’est ni un dieu ni une beauté en soi, mais un désir et un manque perpétuel qui pousse l’âme vers la sagesse et le beau. Socrate décrit une montée progressive : On commence par aimer un corps beau, puis on comprend que la beauté est la même partout, puis on préfère la beauté morale et intellectuelle, puis on s’élève vers la connaissance, puis l’âme contemple le Beau absolu, éternel, pur et sans mélange.
Qu’est-ce que l’amour ?
L’amour est plus vaste que l’amour romantique, sexuel, entre deux êtres. L’amour de la musique, de son pays, de la nature, l’amour maternel, l’amour des animaux, etc…
De la vision purement reproductive à la Schopenhauer à l’idéalisme total, il y a tout une vague de graduations des émotions et des sentiments, toute une palette de visions différentes.
La part biologique de l’humain est fondamentale, mais les parts culturelles, sociales et l’histoire personnelle de chacun le sont tout autant. Cette dépendance envers notre part biologique interroge d’ailleurs sur notre vraie nature (Qui sommes-nous vraiment ?) et sur notre part possible de liberté.
L’amour, un besoin qu’on a de l’autre, des autres, de l’appartenance à une communauté, qui nous donne de la chaleur et une raison d’exister.
L’amour, un désir et aussi un manque.
Avec l’entreprise-tableur (tout doit être mesurable, rationalisable et quantifiable) et son extension à la nation, nous nous sommes éloignés de l’amour. Notre époque « crève » du manque d’amour, d’un manque de compassion et d’empathie.
Faut-il s’aimer soi-même pour mieux aimer les autres ? Le chemin est peut-être de commencer à s’accepter et développer l’écoute, l’ouverture et l’empathie. De même savoir que l’altruisme « pur » n’existe pas, qu’il y a des bénéfices secondaires devrait pouvoir nous libérer d’une exigence morale trop forte.
L’amour peut être dangereux, nous entrainer dans des prises de risques inconsidérées. L’amour peut être difficile ( lorsque l’enfant réel ne correspond pas à l’enfant idéalisé, ou que des conflits de valeurs s’affrontent).
L’amour dépend aussi des époques. Quelle place au couple, à l’amour pour les jeunes d’aujourd’hui ? Un sentiment de solitude se développe chez beaucoup de jeunes, sentiment exacerbé par les algorithmes des GAFA qui nous poussent à scroller toujours plus.
Mais l’amour est une force de vie, l’amour donne de la joie et de l’espérance. Et si comme Aragon le propose « On aimait à en perdre la raison ? »
Les citations :
- Je t’aime dans le temps. Je t’aimerai jusqu’au bout du temps. Et quand le temps sera écoulé, alors, je t’aurai aimée. Et rien de cet amour, comme rien de ce qui a été, ne pourra jamais être effacé. Jean d’Ormesson
- L’amour d’une mère pour son enfant ne connaît ni loi, ni pitié, ni limite. Il pourrait anéantir impitoyablement tout ce qui se trouve en travers de son chemin. Agatha Christie
- N’oublie pas ceci : c’est que souvent l’amour meurt parce qu’on ne fait pas, pour le conserver, tout ce qu’on avait fait pour l’inspirer. Alfred de Musset
- Tout s’oublie, même les grands amours. C’est ce qu’il y a de triste et d’exaltant à la fois dans la vie. C’est pour ça qu’il est bon quand même d’avoir eu un grand amour, une passion malheureuse dans sa vie. ça fait au moins un alibi pour les désespoirs sans raison dont nous sommes accablés. Albert Camus / Ma mort heureuse
- C’est cela l’amour, tout donner, tout sacrifier sans espoir de retour. Albert Camus Les justes p84
- L’amour est l’arme la plus puissante contre la haine et l’injustice – Martin Luther King Jr. La haine engendre la haine, mais l’amour a le pouvoir de briser ce cercle vicieux. C’est par l’amour que la véritable justice est atteinte, non par la vengeance, mais par la transformation des cœurs et des esprits.
- La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure. Saint Augustin
Bibliographie :
« Correspondance (1944-1959) », d’Albert Camus et de Maria Casarès.
C’est une très grande histoire d’amour. La correspondance amoureuse d’Albert Camus (1913-1960) et de Maria Casarès (1922-1996), , flamboie. Elle embrase et transporte d’un bout à l’autre.
Ils sont deux exilés, lui d’Algérie, elle d’Espagne. Ils se découvrent une « patrie », l’aimé(e), et soi-même à travers l’autre. De fait, ils se ressemblent – même fièvre, même sens de l’honneur, même exigence dans l’art – et se rassemblent pour mieux s’aimer. Ils ont le feu et le verbe. Elle est « l’Unique », sa « savoureuse », son « beau sable », son « finistère », sa « désirable », sa « lumière noire ». « Ton air de frégate, les cordages de tes cheveux. » Il est son destin, dit-elle. L’amour ? La gravité qu’il inspire, « cette joie énorme qui anéantit », la réalité soudain augmentée.
Ils se rencontrent le 5 juin 1944, la veille du débarquement des Américains en Normandie. Maria a 21 ans, la passion de la scène autant que de la vie ; lui en a trente, le look de Humphrey Bogart, il dirige Combat et participe à la Résistance, et il a aussi une femme, Francine, bloquée depuis deux ans à Oran, en Algérie, envers laquelle il se sent moralement engagé.
Ils s’aiment éperdument… tout en s’engageant à se quitter à la fin de la guerre, quand Francine pourra revenir. A l’été 1944, ils se séparent donc et font même le deuil de leur histoire. Mais quatre ans plus tard, ils se croisent par hasard boulevard Saint-Germain. Et la passion se réenflamme. Jusqu’à la mort de Camus, douze ans plus tard, ils vont vivre une histoire clandestine, brûlante et tumultueuse, dont atteste l’une des plus belles correspondances amoureuses de la littérature, qui ne fut publiée qu’en 2017.
Lorsqu’il périt dans un accident de la route le 4 janvier 1960, à l’âge de 47 ans, l’écrivain venait d’ébaucher Le Premier Homme, dont le manuscrit fut retrouvé sur la banquette arrière de sa Facel Vega. Publié à titre posthume, ce roman autobiographique était censé inaugurer – après « l’absurde » et « la révolte » –, un troisième cycle, celui de « l’amour », envisagé dans ses Carnets en 1956 : « Le troisième étage, c’est l’amour : Le Premier Homme, Don Faust. Le Mythe de Némésis. »
Catherine Camus qui au départ ne souhaitait pas publier ces lettres écrit dans sa préface : « Leurs lettres font que la terre est plus vaste, l’espace plus lumineux, l’air plus léger simplement parce qu’ils ont existé. »
Eloge de l’amour, d’Alain Badiou
La conviction est aujourd’hui largement répandue que chacun ne suit que son intérêt. Alors que l’amour est une contre-épreuve. L’amour est cette confiance faite au hasard.
Le bonheur amoureux est la preuve que le temps peut accueillir l’éternité.
La civilisation des moeurs, Norbert Elias
Ce qui rend si malaisé le franchissement tôt ou tard de ce mur [de mystère], autrement dit l’éducation sexuelle, n’est pas seulement la nécessité d’amener le jeune homme ou la jeune fille aux normes adultes du refoulement et du contrôle des pulsions ; c’est bien plus encore la structure psychique des adultes eux-mêmes qui les empêche de parler de ces choses tenues secrètes. Très souvent, ils ne trouvent ni le ton ni les mots qu’il faut.
Nous animons des Café Philo une fois par mois à Neuilly-Plaisance.
Durée 1h30